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UJIF–REJIF : quand la presse ivoirienne de France se fracture en deux

Cinq ans de crise, une élection contestée, un droit de réponse-fleuve et, au bout du chemin, une organisation qui éclate : l'Union des Journalistes Ivoiriens en France traverse la période la plus turbulente de son histoire. Pendant que la frange dissidente au bureau sortant de l'UJIF élisait leur nouveau président le 16 mai, une autre frange légaliste fondait le REJIF le 23. Décryptage d'une rupture annoncée.

GAGeorges AKA18 juin 20265 min de lectureDiaspora
UJIF–REJIF : quand la presse ivoirienne de France se fracture en deux
📷 Illustration : UJIF–REJIF : quand la presse ivoirienne de France se fracture en deux

Il y a des crises qui couvent longtemps avant d'exploser. Celle de l'Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) appartient à cette catégorie. Fondée en 2007 dans le 12e arrondissement de Paris avec l'ambition de fédérer les hommes et femmes de plume et de micro ivoiriens établis en France, l'organisation vient de vivre, en l'espace d'un mois, sa séquence la plus dramatique : une élection tenue dans un climat de haute tension, des communiqués qui s'affrontent, un droit de réponse cinglant — et, clou du spectacle, la naissance d'une organisation rivale, le Réseau des Journalistes Ivoiriens de France (REJIF), constituée le samedi 23 mai 2026, à quelques jours d'intervalle seulement. Pour comprendre ce dénouement, il faut remonter le fil d'une crise que beaucoup avaient préféré ignorer trop longtemps. Aux origines du blocage : cinq ans de vide statutaire Le mandat de Jean-Paul Oro à la tête de l'UJIF expirait en 2021. Ce journaliste, correspondant à Paris du quotidien L'Intelligent d'Abidjan, avait été investi président en février 2020 lors d'une cérémonie à Noisy-le-Sec. Mais aucune assemblée générale élective ne fut organisée dans les délais statutaires. Cinq années passèrent, marquées par la pandémie de Covid-19, des restrictions sanitaires, une action en justice interne contestant sa réélection, et un déficit récurrent de quorum. Pour ses détracteurs, l'équation est simple : Oro a confisqué le siège. Pour lui, il n'a fait qu'assurer la continuité institutionnelle — les statuts prévoyant, dit-il, que le bureau sortant reste en fonction jusqu'à l'installation du suivant. Cette interprétation sera au cœur de toutes les querelles à venir. On assistera donc à la naissance d'une dissidence contre le bureau sortant, et la mise sur pied d'un comité ad hoc non réglementaire par ces derniers.  L'UJIF doit redevenir un pont, pas une tour d'ivoire. Un endroit où l'on peut s'entraider, se former, coproduire avec Abidjan. Mais aussi peser dans le débat public sur la liberté de la presse, l'éthique et la déontologie. — Un participant à l'AGE du 16 mai 2026, Paris 13e ⏱ Chronologie · Janvier–Mai 2026 25 avr. Assemblée générale ordinaire dans le 18e arr. de Paris : critiques ouvertes contre le bureau Oro, mise en place d'un comité ad hoc et premières candidatures annoncées. 2 mai AG extraordinaire à l'AGECA. Médiation partielle, fusion de deux comités ad hoc, report de la partie élective et fixation d'une AGE au 16 mai. 13 mai Communiqué d'Eden Bégé (Georges-Eden Bobia) et Taki Bouanzi : suspension immédiate de l'AGE du 16 mai demandée. Dénonciation d'irrégularités dans le comité ad hoc, conflits d'intérêts et liste électorale contestée. 14 mai Eden Bégé et Taki Bouanzi annoncent leur démission du comité ad hoc « pour l'honneur de la corporation ». 16 mai AGE élective à l'église Saint-Hippolyte (Paris 13e) : Axel Illary élu président avec 19 voix contre 13 à Thérèse Tikishia Digbeu, malgré le boycott d'une partie des membres qui dénonçait une irrégularité dans le processus. Post-16 mai Droit de réponse de Jean-Paul Oro sur L'Afrique d'Aujourd'hui : il conteste la légitimité de l'élection et annonce la constitution d'une nouvelle structure. 23 mai AG constitutive du REJIF (127 rue Marcadet, Paris 18e) : naissance officielle du Réseau des Journalistes Ivoiriens de France, porté par Oro et les légalistes. Le mois d'avril : la marmite commence à bouillir C'est lors de l'assemblée générale ordinaire du 25 avril 2026, convoquée par Oro, tenue dans le 18e arrondissement de Paris, que les choses commencent à se précipiter. La séance, assurée par Blaise Bansié au secrétariat, se transforme en tribunal informel : critiques franches contre le bureau Oro, demande collective de refondation, annonces de candidatures. Un comité ad hoc est institué — dans un esprit, clame-t-on, de réconciliation. Dès lors il fallait donc unifier les deux comités ad hoc pour toiletter les textes, constituer un collège électoral et aller à une AGE. Le 2 mai, une AGE se tient à l'AGECA, autour du thème Renaissance – Unité – Responsabilité. Selon les organisateurs, les décisions sont prises collectivement, après débats et votes : report de la partie élective, révision des textes, fusion des deux comités et calendrier fixé au 16 mai pour l'élection. Mais la paix est de courte durée. Le communiqué qui embrase tout Le 13 mai, Eden Bégé (de son vrai nom Georges-Eden Bobia), membre fondateur de l'UJIF et vice-président du comité ad hoc, publie un communiqué signé au nom de plusieurs membres. Le texte est cinglant : il dénonce la partialité du comité ad hoc, des conflits d'intérêts avérés impliquant des membres du comité également candidats au futur conseil d'administration, un manque de transparence dans la publication des documents, et une liste électorale contestée excluant plusieurs membres fondateurs sans justification. La demande est nette : suspension immédiate de l'AGE du 16 mai, reconstitution d'un comité impartial composé de membres non candidats, publication transparente de la liste électorale. Le consulat et l'ambassade de Côte d'Ivoire sont informés en guise d'attestation publique des irrégularités alléguées. Le lendemain, Eden Bégé et Taki Bouanzi, directeur de publication d'Enquête Média, remettent leurs démissions du comité ad hoc. Leur communiqué d'adieu invoque l'honneur de la corporation. Ce que certains appellent "blocage", d'autres appellent cela respect des règles, exigence de transparence et refus de cautionner une improvisation hasardeuse. — Jean-Paul Oro, droit de réponse publié post-AGE du 16 mai Le 16 mai : Axel Illary prend les commandes Malgré le boycott d'une partie des membres qui dénonçait une irrégularité dans le processus et une tentative de passage en force de l'autre partie, et les tentatives de blocage, l'AGE se tient bel et bien le 16 mai 2026, dans les locaux de l'association paroissiale Saint-Hippolyte du 13e arrondissement. L'ambiance est électrique. À l'issue d'un scrutin serré — 19 voix contre 13 —, Axel Illary, journaliste et producteur, est élu à la présidence de l'UJIF. Sa concurrente, Thérèse Tikishia Digbeu, figure respectée de la diaspora médiatique ivoirienne, s'incline avec fair-play. Fait marquant, les nouveaux statuts adoptés ce jour créent une instance inédite dans l'histoire de l'UJIF : un Conseil d'Administration, présenté comme un garde-fou contre toute future dérive autoritaire. Les membres fondateurs se voient, eux, confier un rôle strictement consultatif, activable uniquement en cas de crise grave, notamment si aucun scrutin n'est organisé dans les trois mois suivant l'expiration des mandats du bureau. Jean-Paul Oro contre-attaque : un droit de réponse-fleuve Face à ce qui

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