Abidjan4AllL'info pour tous les Ivoiriens · partout dans le monde
ÉconomieAfrique

RDC : Kinshasa interdit l'exportation de concentrés de cuivre et de cobalt pour forcer la transformation locale

Un arrêté gouvernemental consulté par Reuters prohibe désormais l'exportation de concentrés de cuivre et de cobalt non raffinés, une décision qui a immédiatement fait grimper les cours du cuivre à Londres. Mais le déficit énergétique chronique du pays interroge sur sa capacité réelle à développer ses propres capacités de raffinage.

JGJunior Gnapié26 août 20263 min de lectureÉconomie
RDC : Kinshasa interdit l'exportation de concentrés de cuivre et de cobalt pour forcer la transformation locale
📷 Illustration : RDC : Kinshasa interdit l'exportation de concentrés de cuivre et de cobalt pour forcer la transformation locale © TRT Africa

La République démocratique du Congo (RDC) durcit sa stratégie de valorisation de ses ressources minières stratégiques. Selon un arrêté gouvernemental consulté par l'agence Reuters, le pays a interdit l'exportation de concentrés de cuivre et de concentrés de cobalt, renforçant ainsi sa politique visant à imposer la transformation locale des minerais et à conserver une plus grande part de la valeur ajoutée générée par ses ressources sur le territoire national. Le nouveau texte abroge l'arrêté de 2023 ainsi que les dérogations qui y étaient prévues, et instaure un cadre plus large encadrant les exportations de minerais et la fiscalité des sous-produits miniers à forte valeur économique.

Premier producteur mondial de cobalt et acteur majeur de l'approvisionnement en minerais essentiels à la transition énergétique mondiale, la RDC exporte aujourd'hui son cuivre majoritairement sous forme de métal raffiné : au premier trimestre 2026, le pays a exporté 696 725 tonnes de cathodes de cuivre, contre seulement 53 926 tonnes de concentrés de cuivre, contenant 18 863 tonnes de cuivre métal. L'ambition affichée par Kinshasa est de généraliser cette logique de transformation locale à l'ensemble de sa production, plutôt que de continuer à exporter des minerais bruts à faible valeur ajoutée. Ce n'est pas la première fois que la RDC recourt à ce type de mesure : des interdictions similaires sur les exportations de concentrés de cuivre et de cobalt avaient déjà été imposées en 2013, en 2019 puis en 2023, généralement assorties de dérogations lorsque les capacités nationales de fusion ou de raffinage se révélaient insuffisantes pour absorber l'ensemble de la production. La nouveauté de cette édition 2026 réside précisément dans l'abrogation de ces exemptions, signe d'une volonté plus ferme d'imposer durablement la transformation locale aux opérateurs miniers présents sur le territoire congolais. La réaction des marchés internationaux n'a pas tardé : après les premières informations de Reuters sur cette décision, le cours du cuivre à trois mois coté au London Metal Exchange (LME) a bondi jusqu'à 1,8 %, atteignant 14 369,50 dollars la tonne, son plus haut niveau depuis fin janvier 2026, date à laquelle il avait déjà inscrit un record historique. Une réaction qui traduit le poids déterminant de la production congolaise sur l'équilibre mondial de l'offre en cuivre et en cobalt, la RDC représentant à elle seule environ 74 % de la production minière mondiale de cobalt. Mais cette ambition industrielle se heurte à un obstacle de taille : le déficit énergétique chronique dont souffre la République démocratique du Congo. Selon une analyse diffusée par Euronews dans son émission Business Africa, la capacité du pays à se doter des infrastructures nécessaires au développement d'activités de fonderie et de raffinage à grande échelle reste une question ouverte, faute d'une production électrique suffisante pour alimenter ces installations industrielles particulièrement énergivores. Un paradoxe pour un pays qui dispose pourtant d'un potentiel hydroélectrique considérable, notamment autour du site du barrage d'Inga, mais dont l'exploitation demeure très en deçà des besoins actuels et futurs du secteur minier. Selon la Banque mondiale, la valeur des minerais critiques du sous-sol congolais — cobalt, cuivre, lithium notamment — est évaluée à environ 24 000 milliards de dollars, l'équivalent de neuf fois le produit intérieur brut de l'ensemble du continent africain. Une richesse potentielle qui place la RDC au cœur des enjeux mondiaux de la transition énergétique, mais dont la capacité à transformer effectivement cette manne en développement industriel local dépendra, selon de nombreux experts du secteur, de la résolution préalable de sa crise énergétique structurelle.

RDCKinshasacobaltcuivre
Commentaires (0)

Connectez-vous pour rejoindre la discussion — les commentaires sont modérés.