Le gouvernement ivoirien a décidé de reprendre la main sur l'orpaillage clandestin. Selon Le Monde, la Côte d'Ivoire se donne six mois pour éradiquer le phénomène, en pleine flambée du cours de l'or : une mesure qui vise à la fois le manque à gagner fiscal et les risques sanitaires et environnementaux liés notamment à l'usage du mercure.
Sur le terrain, cette semaine, plusieurs préfets ont détaillé le contenu de l'arrêté ministériel du 21 septembre 2026. À Tiassalé, le préfet du département de Taabo, André Martin Kakou, a présidé mercredi une réunion de sensibilisation à destination des pêcheurs et des populations riveraines du fleuve Bandama, où des activités d'orpaillage illégal sont parfois signalées, selon l'Agence ivoirienne de presse (AIP). Le directeur régional des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, Bédel Siogbo, y a présenté les dispositions du texte : suspension des procédures administratives d'autorisation d'exploitation artisanale ou semi-industrielle de l'or, à l'exception du renouvellement des sites déjà agréés et en règle avec leur cahier des charges.
Des tournées préfectorales dans plusieurs régions
Le même jour, à quelques centaines de kilomètres de là, le préfet du département de Koro, Honoré Gueu Guié, mettait en garde les chefs de village et chefs de terre contre les conséquences de l'orpaillage clandestin. Cette rencontre à la sous-préfecture de Koro concluait une tournée de quatre étapes, débutée à Booko, puis Borotou et Niokosso, selon l'AIP. Le préfet a détaillé les dégâts observés : destruction des forêts et des plantations, multiplication de puits creusés sans autorisation ni dispositif de réhabilitation, dégradation de la qualité de l'eau. Il a également pointé un risque social et sécuritaire : consommation de drogues, circulation de produits illicites, conflits liés à des acteurs dont l'origine des financements reste souvent inconnue des autorités.
« « Le développement du Moronou ne se fera ni dans le désordre ni dans la destruction de nos ressources naturelles. » »
C'est ce qu'a affirmé, le même vendredi à Bongouanou, la présidente du Conseil régional du Moronou, Véronique Aka, à l'ouverture de la quatrième session ordinaire de son institution. Elle a cité, outre la pollution des cours d'eau et la perte de fertilité des terres, une conséquence moins souvent évoquée : l'abandon de l'école par certains enfants attirés par les sites d'orpaillage. Elle a appelé les chefs traditionnels et les propriétaires terriens à ne pas louer ou vendre leurs terres aux réseaux clandestins, avant de plaider pour des alternatives économiques (formation professionnelle, entrepreneuriat agricole et artisanal) plutôt que la seule répression.
Une mesure encore fragile
Les trois responsables cités par l'AIP insistent sur la nécessité d'une « collaboration responsable » entre populations, autorités traditionnelles et forces de défense et de sécurité. Reste à savoir si le moratoire, qui ne s'applique pas aux sites déjà en conformité, suffira à endiguer un phénomène ancien, alimenté par la hausse du cours de l'or sur les marchés mondiaux. Ni l'AIP ni Le Monde ne précisent, à ce stade, de bilan chiffré des sites fermés depuis l'entrée en vigueur de l'arrêté du 21 septembre. Sur le fleuve Bandama comme dans les villages du Moronou ou de Koro, la mise en œuvre du texte reposera d'abord sur la vigilance des communautés elles-mêmes, plus que sur les seuls contrôles administratifs.







