Elle s'appelait D. Lou Fabienne, mais tout le monde à Kennedy 2 l'appelait « Fabi ». À 26 ans, elle tenait un maquis et partageait un deux-pièces avec son compagnon, S. Arthur, 26 ans lui aussi, employé dans une boulangerie. C'est dans cette maison qu'elle a été retrouvée sans vie, mercredi 28 octobre au petit matin.
Selon les informations recoupées par plusieurs médias ivoiriens, la police a été alertée vers 6 heures. Des éléments de la Brigade de recherche et d'intervention (BRI) de Daloa, du commissariat du 2e arrondissement et de la police scientifique se sont rendus sur place. Un médecin appelé sur les lieux a constaté le décès et relevé un coup violent porté à la tempe avec un objet.
La version du suspect
Interpellé par la BRI, le compagnon aurait reconnu les faits lors de son audition. D'après sa première version, rapportée par les enquêteurs, une dispute a éclaté pendant la nuit sur fond de soupçons d'infidélité. La querelle a dégénéré en bagarre. Il dit s'être emparé d'une bouteille et avoir frappé la jeune femme à la tempe. Elle serait morte quelques heures plus tard.
Ce récit doit encore être confronté aux constatations de l'enquête et aux résultats de l'autopsie, si elle est ordonnée. Le procureur de la République a été saisi. Le suspect reste présumé innocent jusqu'à une décision de justice.
Le récit viral qui ne colle pas
Depuis mercredi, une autre version enflamme Facebook et WhatsApp. Partie d'une page locale de Bahoulifla, le village natal de la victime, puis reprise par plusieurs sites, elle affirme que Fabienne aurait été égorgée et que son sang aurait été recueilli dans un seau, avant que le compagnon ne se lave, se change et fonde en larmes devant les voisins.
Ces détails proviennent de témoignages anonymes du voisinage. Aucune source policière ni médicale ne les confirme à ce stade. Les constatations rapportées par la police parlent d'une blessure à la tête. Le texte viral évoque aussi une interpellation par la gendarmerie, alors que c'est la BRI, un service de police, qui conduit l'enquête. Seule l'autopsie et l'instruction diront exactement ce qui s'est passé cette nuit-là. Partager le récit le plus sanglant n'aide ni l'enquête ni la famille.
À l'annonce du décès, plusieurs véhicules ont quitté Bahoulifla pour rejoindre Kennedy 2, selon Linfodrome. La douleur des proches est immense, et l'émotion a gagné tout le quartier, où la jeune gérante de maquis était connue.
Un crime, pas une « passion »
Beaucoup de publications parlent de « crime passionnel ». L'expression est trompeuse. Elle laisse entendre que l'amour ou la jalousie pourraient expliquer, voire excuser, le meurtre d'une femme par son conjoint. Il s'agit d'un féminicide présumé : une femme tuée par son partenaire, ici sur la base de simples soupçons.
Le drame de Daloa n'est pas isolé. Ivoire Actu rappelle des cas similaires en 2024, en 2025 et, en septembre dernier, à Agboville. Des associations réclament que le féminicide soit reconnu comme une infraction spécifique dans la loi ivoirienne et qu'un recensement national de ces meurtres soit mis en place. Faute de chiffres officiels, chaque affaire est traitée comme un fait divers de plus, puis oubliée.









