L'Organisation pour la Réflexion et l'Action Féministe (ORAF) a présenté le 8 septembre, à Cocody, les résultats d'une enquête conduite entre février et juillet dans cinq villes du pays : Boundiali, Koun-Fao, Man, Bouaké et Abidjan. Le document ne s'attarde pas en formules prudentes. Il décrit des pratiques que la plupart des Ivoiriens ignorent ou préfèrent ne pas voir.
Certaines adolescentes utilisent de la glace, du café soluble ou de l'eau de mer pour tenter d'interrompre leurs règles avant un examen ou un événement familial. D'autres, dans les zones rurales enquêtées, ont recours à des tradipraticiens qui pratiquent des insertions d'objets, une méthode que l'enquête associe à des risques infectieux sérieux. Ce ne sont pas des cas isolés relevés au hasard d'un témoignage : l'ORAF les inscrit dans un ensemble de comportements récurrents, documentés ville par ville.
Des toilettes qui ne servent à rien
Le rapport s'attarde longuement sur l'état des sanitaires scolaires, et le tableau qu'il dresse n'a rien de rassurant. Dans près de la moitié des établissements primaires visités, les toilettes existent sur le papier mais pas dans les faits : portes sans serrure, poubelles absentes, savon introuvable, robinets à sec. Une adolescente qui a ses règles en cours de journée n'a, dans ces conditions, quasiment aucun moyen de se changer dignement entre deux cours.
Plus grave encore, l'enquête pointe une dimension économique que l'on associe rarement à ce sujet en Côte d'Ivoire : dans certaines zones aurifères, des adolescentes déclarent avoir eu des relations sexuelles transactionnelles avec des orpailleurs pour financer l'achat de serviettes hygiéniques. L'ORAF ne présente pas ce constat comme anecdotique, mais comme le symptôme d'un manque criant d'accès à des produits pourtant élémentaires.
Des outils qui existent, mais que personne ne connaît
Ce qui frappe, à la lecture des conclusions de l'atelier, c'est moins l'absence de dispositifs que leur invisibilité. Les espaces dits "filles" mis en place dans certains établissements scolaires, censés offrir un lieu d'écoute et de matériel de dépannage, restent largement méconnus des élèves elles-mêmes. Il en va de même pour la couverture maladie universelle, qui pourrait théoriquement alléger le poids financier de certains soins liés à la santé reproductive, mais que peu d'adolescentes savent mobiliser.
« "Il faut transformer ce diagnostic en actions concrètes", a résumé l'un des intervenants de l'atelier, en insistant sur la nécessité de sortir la santé menstruelle du silence qui l'entoure encore dans les familles comme dans les établissements scolaires. »
L'ORAF appelle désormais les autorités à traduire ces constats en mesures vérifiables : réhabilitation effective des sanitaires, distribution régulière de protections dans les établissements les plus démunis, formation du personnel scolaire pour accompagner les élèves plutôt que les stigmatiser. Le rapport ne fixe pas de calendrier, mais son ambition est claire : que la prochaine enquête, dans quelques années, ne retrouve plus les mêmes chiffres.
Reste à savoir si cet atelier connaîtra un sort différent des nombreux diagnostics déjà posés sur l'école ivoirienne. La question, cette fois, touche directement à la santé physique de centaines de milliers de collégiennes et lycéennes, et elle a le mérite d'avoir enfin des chiffres pour la porter au débat public.







