La Côte d'Ivoire produit chaque année des tonnes de cabosses de cacao vidées, de coques d'anacarde, d'épluchures de manioc et de résidus de palmier à huile qui, la plupart du temps, finissent brûlés à l'air libre ou simplement abandonnés dans les champs. C'est ce gisement, invisible dans les statistiques officielles mais bien réel sur le terrain, que le Fonds national de la science, de la technologie et de l'innovation (FONSTI) a décidé de mettre au centre d'un nouveau projet baptisé VABICUI.
La rencontre de lancement, tenue le 10 septembre à l'hôtel Azalaï de Marcory, a rassemblé des acteurs publics, des chercheurs et des porteurs de projets entrepreneuriaux autour d'un même constat : les grandes filières agricoles du pays, cacao en tête, mais aussi anacarde, manioc, palmier à huile, hévéa et coton, génèrent un volume considérable de déchets organiques qui pourrait, correctement valorisé, alimenter des solutions énergétiques propres plutôt que de polluer l'air des villages producteurs.
Le docteur Yaya Sangaré, secrétaire général du FONSTI, a présenté les grandes lignes d'un dispositif pensé pour dépasser le stade de l'expérimentation. Trop d'initiatives de bioénergie, en Afrique de l'Ouest comme ailleurs, restent cantonnées à des projets pilotes qui ne survivent pas à la fin du financement initial. VABICUI entend justement s'attaquer à ce verrou classique du passage à l'échelle, en accompagnant les porteurs de solutions jusqu'à l'installation effective d'équipements fonctionnels.
Concrètement, un appel à projets est ouvert jusqu'au 9 octobre. Cinq lauréats seront retenus, mais ils ne recevront pas de chèque : le FONSTI achètera et installera lui-même les équipements sélectionnés, une manière de s'assurer que le financement se traduit bien par une capacité de production sur le terrain plutôt que par des dépenses difficiles à tracer. Yao Philippe, sous-directeur en charge de la bioénergie au sein du fonds, et la docteure Annette Ouattara, qui coordonne le projet, pilotent cette phase de sélection.
Le financement vient de l'Union européenne, dans le cadre d'un programme de 48 mois lancé dès février 2024, mis en œuvre avec l'appui de l'agence belge de développement Enabel. Tom DeDeurwaerder, représentant pays d'Enabel, a confirmé que l'accompagnement irait au-delà du seul volet technique : mobilisation de financements complémentaires, mais aussi amélioration du climat des affaires pour les porteurs de projets, via un guichet dédié installé au Plateau.
L'enjeu dépasse la seule question énergétique. En misant sur des résidus qui, aujourd'hui, sont soit brûlés soit laissés à pourrir, le projet vise aussi à réduire les émissions de gaz à effet de serre associées aux grandes chaînes de valeur agricoles ivoiriennes, cacao en tête, alors que le pays reste le premier producteur mondial de la fève brune et que la pression internationale sur la durabilité des filières ne cesse de croître. Créer de nouveaux débouchés économiques autour de ce qui n'était jusqu'ici considéré que comme un déchet fait aussi partie du pari.
Reste que la Côte d'Ivoire n'en est pas à sa première tentative sur ce terrain : des initiatives de biomasse-énergie existent déjà, notamment autour de la valorisation des résidus de palmier à huile. VABICUI se distingue par son ambition transversale, embrassant plusieurs filières à la fois plutôt qu'une seule, et par une méthode qui mise sur l'équipement concret plutôt que sur le seul soutien financier. La date du 9 octobre dira si l'appel à projets a su convaincre suffisamment d'entrepreneurs et de chercheurs pour donner corps à cette ambition.







