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Guerre en Ukraine : Amnesty accuse la Russie d'avoir recruté des étrangers vulnérables par la traite des êtres humains

Dans un rapport publié cette semaine, Amnesty International accuse les autorités russes d'avoir recruté, par tromperie ou coercition, des migrants et des ressortissants étrangers pour les envoyer combattre en Ukraine — des pratiques que l'organisation qualifie, dans de nombreux cas, de traite des êtres humains au sens du droit international.

JGJunior Gnapié11 septembre 20263 min de lectureLu 1 foisPolitique
Le président russe Vladimir Poutine en 2026
📷 Illustration : Guerre en Ukraine : Amnesty accuse la Russie d'avoir recruté des étrangers vulnérables
Le constat dressé par Amnesty International est sans détour : la Russie « renforce les rangs de ses forces armées » en s'appuyant sur des ressortissants étrangers économiquement vulnérables, utilisés comme « chair à canon » dans sa guerre d'agression contre l'Ukraine. Publiée cette semaine, l'enquête de l'organisation de défense des droits humains s'appuie sur des entretiens menés entre 2024 et 2026 dans deux camps de prisonniers de guerre en Ukraine, ainsi que sur des témoignages recueillis auprès de ressortissants étrangers actuellement engagés dans les forces russes, de membres de leurs familles, d'avocats, de militants des droits humains et de journalistes.

Des promesses d'emplois civils qui se transforment en contrats militaires

Les victimes identifiées par Amnesty proviennent principalement de pays du Sud, à revenus modestes : Brésil, Colombie, Cuba, Égypte, Sierra Leone, Sri Lanka, Somalie et Afrique du Sud. Les méthodes de recrutement décrites suivent un schéma récurrent — des annonces d'emploi trompeuses, relayées par des agents locaux, promettent des postes civils bien rémunérés dans la sécurité, la logistique, la construction ou l'informatique, parfois assortis de la promesse d'un accès accéléré à la citoyenneté russe. Une fois arrivées en Russie, ces personnes se voient confisquer leurs documents et sont contraintes de signer des contrats militaires, souvent rédigés dans une langue qu'elles ne maîtrisent pas.

« « Le niveau d'exploitation et de coercition observé nous conduit à conclure que, dans de nombreux cas, cela constitue de la traite des êtres humains, telle que définie par le protocole de Palerme des Nations unies », a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnesty International. »

Le témoignage d'un Sud-Africain, recueilli auprès de son épouse, illustre le mécanisme : ayant répondu à une offre d'emploi de chauffeur en Pologne, il avait reçu pour instruction de se rendre à Moscou pour y récupérer un camion. « À son arrivée à Moscou, tout lui a été confisqué. On lui a dit qu'il n'irait pas en Pologne et qu'il allait devenir soldat », a rapporté son épouse. Deux ressortissants sri-lankais, recrutés en pensant devenir cuisiniers, ont été envoyés au front et capturés par les forces ukrainiennes en quelques semaines seulement. « L'ampleur des combats est inimaginable. On ne voit pas de soldats ukrainiens, seulement des drones. Des drones partout », a confié l'un d'eux à Amnesty. « Je n'y retournerais jamais. »

Statut migratoire précaire et dossiers judiciaires utilisés comme leviers

Amnesty documente également le recrutement de personnes déjà présentes sur le sol russe, en situation irrégulière après l'expiration de leur visa de travail, ou poursuivies pour des infractions pénales. Des ressortissants cubains et égyptiens, incarcérés pour détention présumée de stupéfiants, se sont ainsi vu proposer un engagement militaire en lieu et place de l'exécution de leur peine. Un réfugié originaire d'Afrique centrale, interpellé après l'expiration de son statut de protection temporaire, a lui aussi été menacé d'expulsion s'il refusait de s'engager. Une fois le contrat signé, la liberté de mouvement des recrues est sévèrement restreinte : passeports et téléphones confisqués, déploiement au front après à peine deux semaines d'entraînement, transport organisé dans le plus grand secret.

Une pratique qui s'inscrit dans un recours croissant aux combattants étrangers

Selon les estimations citées dans le rapport, environ 28 000 étrangers originaires de 136 pays combattraient actuellement dans les rangs russes, aux côtés de quelque 14 000 soldats nord-coréens déployés depuis l'incursion ukrainienne dans la région russe de Koursk en 2024. À titre de comparaison, l'Ukraine affirme compter dans ses propres rangs environ 16 000 ressortissants étrangers issus de plus de 70 pays, dont près de 40 % originaires d'Amérique latine. Amnesty précise ne pas être en mesure de mener des investigations similaires côté ukrainien, faute d'accès aux prisonniers de guerre détenus en Russie, qui a classé l'organisation comme « agent de l'étranger » sur son territoire. Moscou a par le passé rejeté les accusations de recrutement forcé de ressortissants étrangers.
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