Deux jours de formation intensive, les 9 et 10 septembre, à la Chambre de commerce et d'industrie d'Abidjan. Le ministère du Commerce, de l'Industrie et de l'Artisanat y a réuni une centaine d'agents de contrôle pour les outiller face à un phénomène qu'il juge en expansion : les pratiques restrictives de concurrence, autrement dit tout ce qui fausse artificiellement les prix ou les conditions de vente au détriment du consommateur.
Le choix du chiffre n'est pas anodin. Une centaine d'agents, cela reste modeste rapporté au nombre de marchés, boutiques et points de vente disséminés sur le territoire ivoirien. Mais c'est surtout un doublement, sinon plus, des effectifs jusqu'ici mobilisés sur ce type de mission, selon les explications données pendant l'atelier.
Comprendre la loi avant de sanctionner
Le programme de formation a couvert le droit ivoirien de la concurrence dans son ensemble : les règles d'affichage des prix, les conditions de vente, la gestion des litiges commerciaux, et surtout les méthodes de détection des pratiques anticoncurrentielles, souvent difficiles à établir sans preuve matérielle solide.
« "L'ignorance de la réglementation entretient la persistance de ces pratiques", a résumé la Commission de la concurrence pendant les travaux, justifiant l'investissement dans la formation plutôt que dans la seule répression. »
C'est là tout l'axe défendu par le formateur Silué Alassane, qui a insisté sur une approche progressive : sensibiliser et accompagner les commerçants avant de sanctionner. Une philosophie qui tranche avec l'image parfois punitive associée aux contrôles économiques, et qui vise à faire des agents de terrain des pédagogues autant que des inspecteurs.
Un enjeu qui dépasse les marchés
Le sujet touche à quelque chose de très concret dans le quotidien des ménages ivoiriens : le prix affiché correspond-il à une réalité économique, ou à une entente tacite entre quelques acteurs dominants d'un secteur ? Les cas de sanctions déjà prononcés ces dernières années contre des enseignes pour pratiques anticoncurrentielles montrent que le problème n'est pas théorique.
En misant sur la formation de terrain plutôt que sur de nouveaux textes, le ministère espère produire des effets rapides, sans attendre une réforme législative plus lourde. Reste à mesurer, dans les mois qui viennent, si cette centaine d'agents nouvellement formés parvient réellement à faire reculer les pratiques visées, ou si elle se heurtera aux mêmes obstacles que ses prédécesseurs : des circuits commerciaux informels difficiles à cartographier, et des acteurs économiques rompus à l'art de contourner les contrôles.
L'initiative s'inscrit dans un contexte plus large de vigilance sur le pouvoir d'achat, un sujet sur lequel le gouvernement ivoirien communique régulièrement sans toujours convaincre les consommateurs que les prix du quotidien reflètent une concurrence loyale. La prochaine étape, pour la Commission de la concurrence, sera sans doute de publier un premier bilan chiffré de l'action de ces agents sur le terrain.







