Un mois presque jour pour jour avant l'échéance, la coalition d'opposition C64 a remis le sujet sur la table à Kinshasa. Jean-Marc Kabund, ancien allié devenu l'un des adversaires les plus constants de Félix Tshisekedi, a confirmé vendredi la tenue d'une marche nationale le 15 septembre, avec pour point de convergence le Palais du peuple, siège des deux chambres du Parlement congolais.
Le mot d'ordre tient en une phrase, répétée par Kabund devant la presse : aller dire aux députés non, non et non à tout projet de changement constitutionnel qui permettrait à l'actuel chef de l'État de briguer un troisième mandat. La formule, martelée à trois reprises, résume l'obsession d'une opposition qui redoute depuis des mois que la majorité ne cherche à faire sauter le verrou des deux mandats présidentiels inscrit dans la Constitution congolaise.
Une mobilisation qui ne date pas d'hier
L'appel du 11 septembre n'est pas une improvisation de dernière minute. La C64 avait déjà annoncé cette échéance dès la mi-août, se donnant un mois pour mobiliser au-delà de son socle militant habituel. Un précédent, en juillet, avait déjà vu la coalition organiser une marche vers le Palais de la Nation, siège de la présidence cette fois, sans obtenir de réponse claire du pouvoir sur ses intentions constitutionnelles réelles.
Ce qui change avec l'échéance du 15 septembre, c'est l'ambition affichée : dépasser Kinshasa pour essaimer dans les assemblées provinciales, transformant une manifestation généralement circonscrite à la capitale en mouvement à l'échelle nationale. Reste à savoir si cette extension géographique se traduira par une mobilisation réellement plus large, dans un pays où les capacités logistiques de l'opposition restent inégales d'une province à l'autre.
Un discours qui relie constitution et guerre à l'Est
Autre singularité de cette mobilisation : les organisateurs prennent soin de relier explicitement la défense de la Constitution à la situation sécuritaire dans l'Est du pays, où les groupes armés continuent d'opérer malgré plusieurs initiatives diplomatiques. Le sous-entendu, jamais formulé de façon totalement transparente, suggère que des intérêts politiques et financiers pourraient trouver un bénéfice à la prolongation du conflit, en détournant l'attention d'un débat institutionnel jugé existentiel par l'opposition.
Le gouvernement congolais, de son côté, n'a pas réagi publiquement à l'annonce de cette marche au moment de la publication de cet article. Cette absence de commentaire officiel n'est pas nouvelle : lors des précédentes mobilisations de la C64, le pouvoir avait généralement laissé passer plusieurs jours avant de se positionner, parfois par la voix de porte-parole du parti présidentiel plutôt que du gouvernement lui-même.
Pour Kabund et ses partenaires de coalition, le 15 septembre doit marquer un tournant dans le rapport de force avec la majorité présidentielle. Pour beaucoup d'observateurs de la vie politique congolaise, la vraie question n'est pas de savoir combien de personnes descendront dans la rue ce jour-là, mais si le pouvoir en place a réellement l'intention, à moyen terme, de toucher à la Constitution. Sur ce point précis, ni la présidence ni la majorité parlementaire n'ont, à ce stade, confirmé ou démenti publiquement leurs intentions.







