Pendant trente ans, Hong Kong et Macao étaient les seuls endroits en territoire chinois où l'on pouvait se réunir publiquement pour se souvenir de la répression de 1989 sur la place Tiananmen. Ce chapitre s'est refermé un peu plus vendredi, quand un tribunal de Hong Kong a prononcé de lourdes peines de prison contre trois figures historiques de ce mouvement commémoratif.
Des peines allant jusqu'à sept ans et trois mois
Lee Cheuk-yan, 69 ans, et Chow Hang-tung, 41 ans, avaient été reconnus coupables le mois dernier d'incitation à la subversion du pouvoir d'État, en vertu de la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin. Un troisième prévenu, Albert Ho, 74 ans, avait plaidé coupable dès janvier. Vendredi, le tribunal a condamné Lee à sept ans de prison, Chow à sept ans et trois mois, et Ho, qui avait coopéré, à cinq ans. L'Alliance de Hong Kong, l'organisation qu'ils dirigeaient et qui a depuis été dissoute, écope elle-même d'une amende de 1,5 million de dollars hongkongais, environ 191 000 dollars américains.
Les trois prévenus avaient été inculpés en 2021 et risquaient jusqu'à dix ans de prison. À l'énoncé du verdict, Chow et Lee se sont levés et ont souri à la tribune publique, comble d'affluence ce jour-là. Ho, lui, gardait un visage grave. Lee, selon des proches, semblait prier en quittant le box des accusés, tandis que Chow envoyait un baiser à l'assistance. Son épouse, Elizabeth Tang, a confié à Reuters : « Je n'imagine pas qu'il doive encore passer trois ans en prison, c'est vraiment inacceptable. » Lee entend faire appel.
Un slogan jugé subversif
Au cœur du procès : le slogan historique du mouvement, appelant à « mettre fin à la dictature d'un seul parti ». Selon le tribunal, ce mot d'ordre revenait à inciter la population à saper le Parti communiste chinois. L'Alliance de Hong Kong, fondée en mai 1989 pour soutenir les étudiants qui manifestaient à Pékin, avait organisé chaque année des veillées aux chandelles, certaines rassemblant, selon les organisateurs, plus de 100 000 personnes, un chiffre que la police évaluait toujours nettement à la baisse. Ces rassemblements ont été interdits en 2020, officiellement pour des raisons sanitaires liées au Covid-19, et n'ont plus jamais repris. La même année, la loi sur la sécurité nationale entrait en vigueur, élargissant considérablement l'éventail des actes de dissidence désormais passibles de poursuites.
Des réactions internationales unanimes
Le bureau du haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a immédiatement demandé que « ces peines soient annulées ». Amnesty International a parlé d'une « triple tragédie : pour les militants injustement punis, pour les survivants et victimes de la répression de Tiananmen elle-même, et pour les générations de Hongkongais privées de l'espace pour discuter de l'un des événements les plus marquants de l'histoire chinoise contemporaine ». Human Rights Watch a dénoncé, dans un communiqué séparé, des peines qui « exposent la cruauté et l'insécurité d'un gouvernement qui a peur de la mémoire et du peuple ».
Les autorités hongkongaises et pékinoises défendent depuis des années la loi sur la sécurité nationale comme un instrument indispensable au maintien de la stabilité. Ses détracteurs y voient au contraire l'instrument d'une érosion méthodique de l'autonomie promise à Hong Kong lors de la rétrocession de 1997, et l'installation durable d'un climat de peur pour quiconque continuerait d'évoquer publiquement ce que Pékin préférerait voir oublié.







