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Anyama-4 Croix : la diaspora ivoirienne des États-Unis prise dans un conflit foncier à plusieurs centaines de millions de FCFA

Un différend entre deux opérateurs immobiliers autour de 300 hectares à Anyama bloque depuis des mois la livraison de terrains à des investisseurs, dont une partie de la diaspora ivoirienne installée aux États-Unis. Accusations croisées d'escroquerie, plainte pénale portant sur 1,79 milliard de FCFA et saisine du tribunal de commerce : le dossier illustre, une fois de plus, la fragilité du foncier urbain ivoirien pour ceux qui investissent depuis l'étranger.

JGJunior Gnapié11 septembre 20263 min de lectureLu 2 foisDiaspora
Vue du quartier du Plateau à Abidjan, illustrant l'enjeu foncier urbain en Côte d'Ivoire
📷 Illustration : Le foncier urbain autour d'Abidjan reste un terrain miné pour les investisseurs, y compris ceux de la diaspora
Ils ont cotisé depuis Atlanta, Houston ou New York, parfois pendant des années, pour s'offrir un bout de terre au pays. Aujourd'hui, une partie de ces investisseurs de la diaspora ivoirienne aux États-Unis attend toujours la livraison de parcelles achetées dans le cadre d'un projet d'aménagement à Anyama-4 Croix, à la périphérie nord d'Abidjan. En cause : une brouille entre deux opérateurs immobiliers qui a viré à la bataille judiciaire.

Un mandat de lotissement qui tourne mal

Tout part d'une convention en apparence banale. Touré Ahmed Bouah, PDG de la société Sophia SA, affirme détenir une réserve foncière de 629 hectares à Anyama-Adjamé et Anyama-Ahouabo, cédée par l'État ivoirien pour aménagement. Sur cette assiette, il confie à l'entreprise ESTP, dirigée par Mory Soumahoro, un mandat portant sur 300 hectares à lotir, pour un délai d'exécution de 36 mois.
Le problème, selon Touré Ahmed Bouah, c'est que le mandataire se serait trompé de périmètre. Un audit commandité par Sophia SA aurait établi qu'ESTP et ses partenaires, dont l'opératrice Ouattara Ahoua, ont empiété sur une assiette foncière distincte, contiguë mais étrangère au site confié. « Nous ne pouvons pas nous accommoder des gens qui squattent le terrain des gens », a lâché le PDG de Sophia lors d'une conférence de presse tenue le 9 septembre à Abidjan, entouré du chef du village d'Anyama-4 Croix et de son superviseur de projets. Il dit avoir déjà retiré son mandat à ESTP.
L'entreprise de Mory Soumahoro voit évidemment les choses autrement. Début septembre, elle a saisi le Parquet près le Pôle pénal économique et financier d'une plainte visant Touré Ahmed Bouah pour faux et usage de faux suivis d'escroquerie, sur un investissement qu'elle chiffre à 1,79 milliard de FCFA réalisé sur un site de 72 hectares. Selon l'opératrice Ouattara Ahoua, ESTP avait été sollicitée par sept familles du village pour valoriser leur patrimoine foncier, avant que les travaux ne soient interrompus à la suite d'une procédure engagée par Touré Ahmed Bouah via commissaire de justice.

Le chef de village prend parti

Fait notable, l'autorité coutumière locale s'est publiquement rangée du côté de Sophia SA. Le chef du village, l'honorable Amon Siméon, affirme avoir alerté Mory Soumahoro dès octobre 2025 sur le fait que le site exploité ne relevait pas de son mandant, et avoir depuis annulé toute caution villageoise aux transactions d'ESTP. « Il provoque l'anarchie sur le site et nous avons décidé de mettre de l'ordre sur les terres de nos parents », a-t-il déclaré, réfutant tout accord donné pour de nouvelles ventes de lots.
Touré Ahmed Bouah annonce désormais vouloir porter l'affaire devant le tribunal de commerce d'Abidjan, pour obtenir la révocation du mandat et la reddition des comptes. Contacté, l'entourage de Sophia a indiqué que son dirigeant, en déplacement, se réservait le droit de répondre point par point aux accusations d'ESTP.

Une diaspora qui investit à distance, et paie le prix de l'incertitude

C'est là que le dossier dépasse le simple contentieux entre deux sociétés. Une partie des acquéreurs de lots sur ce site sont des Ivoiriens installés aux États-Unis, qui ont investi à distance dans l'espoir de sécuriser un patrimoine au pays, souvent sans pouvoir suivre l'évolution du chantier au jour le jour. Le blocage du projet les prive, pour l'instant, de toute perspective de livraison, et les expose à un risque financier qu'ils ne maîtrisent pas depuis l'étranger.
Le cas n'est pas isolé. Les autorités ivoiriennes appellent régulièrement à l'assainissement du secteur foncier et immobilier, considéré comme un frein majeur à l'investissement de la diaspora, dont les transferts financiers vers le pays se comptent en centaines de milliards de FCFA chaque année. Tant que la procédure judiciaire n'aura pas tranché entre les deux opérateurs, les familles d'Anyama et les investisseurs de la diaspora resteront suspendus à un dossier qui, sur le terrain, ne bouge plus depuis des mois.
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