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Migration : sur la route de l'Atlantique, l'Afrique de l'Ouest continue de payer le prix fort

En quelques jours, plusieurs opérations menées entre la Gambie, les côtes espagnoles et le Sénégal ont remis en lumière l'intensité du départ clandestin de jeunes Ouest-Africains vers l'Europe, Ivoiriens compris. Un flux que les accords sécuritaires renforcés peinent toujours à endiguer, et qui déplace les tensions jusque dans les pays de transit.

JGJunior Gnapié11 septembre 20263 min de lectureLu 1 foisDiaspora
Côte des îles Canaries, point d'arrivée de la route migratoire atlantique depuis l'Afrique de l'Ouest
📷 Illustration : Côte des îles Canaries, point d'arrivée de la route migratoire atlantique depuis l'Afrique de l'Ouest
Un Ivoirien, un Burkinabè, un Nigérian, un Guinéen, trois Sénégalais et vingt-cinq Maliens. C'est la composition du groupe de 32 personnes interceptées mercredi 9 septembre par le Service de l'immigration gambien alors qu'elles tentaient de quitter clandestinement le pays depuis la localité de Yundum, près de Banjul. Vingt-huit hommes, quatre femmes. Une opération parmi d'autres, mais qui illustre bien ce que la diaspora ouest-africaine vit en ce moment sur sa frange la plus fragile : celle qui n'a pas de visa, pas de contrat de travail à l'étranger, seulement l'espoir d'une pirogue qui tienne la mer.

Une route qui ne désemplit pas

La Gambie s'est imposée ces derniers mois comme un point de départ privilégié vers les Canaries, l'archipel espagnol devenu la principale porte d'entrée irrégulière vers l'Europe depuis que la Méditerranée est plus étroitement surveillée. Le 4 septembre déjà, 76 candidats à l'émigration, essentiellement guinéens et maliens, avaient été arrêtés à Tanji par la même unité de patrouille frontalière, en collaboration avec les autorités espagnoles. Une pirogue, un tricycle, deux moteurs de bateau et plusieurs bidons de carburant avaient été saisis à cette occasion.
Ceux qui échappent aux contrôles au départ n'arrivent pas forcément à bon port pour autant. Le 10 septembre, une embarcation transportant 153 personnes a été secourue au large d'El Hierro, la plus petite île des Canaries. Plusieurs Sénégalais figuraient parmi les rescapés. Selon l'ONG espagnole Caminando Fronteras, plus de 1 300 migrants sont morts en mer en tentant de rallier l'Espagne entre janvier et mai de cette année. Un chiffre qui donne la mesure du risque pris par ceux qui embarquent.

Le durcissement espagnol change la donne

Ce qui change, en revanche, c'est ce qui attend les survivants une fois arrivés. Un juge d'El Hierro a récemment ordonné l'expulsion de 85 migrants sur les 119 que transportait une autre pirogue arrivée deux jours plus tôt, une décision qui s'inscrit dans le cadre du nouveau Pacte européen sur l'asile et la migration et de son volet retour. Jusqu'à présent, les arrivées aux Canaries débouchaient rarement sur un renvoi aussi rapide. Le message envoyé aux candidats au départ, et à leurs familles restées au pays, est sans ambiguïté : la route est plus dangereuse, et l'accueil à l'arrivée de moins en moins garanti.

Des tensions qui remontent jusque dans les pays de transit

La pression migratoire nourrit aussi des crispations entre pays voisins. Au Sénégal, des vidéos appelant à « nettoyer » l'espace public de la communauté guinéenne ont circulé sur les réseaux sociaux ces dernières semaines, ciblant en particulier les commerçants peuls. Des parlementaires sénégalais ont dû rappeler publiquement les accords de libre circulation de la CEDEAO pour calmer le jeu. Le débat sur la présence des ressortissants étrangers s'intensifie dans plusieurs capitales de la sous-région, entre tradition d'hospitalité et durcissement sécuritaire.
Pour la diaspora ivoirienne comme pour celles du Mali, de la Guinée ou du Sénégal, l'équation reste largement la même depuis des années : d'un côté, des politiques publiques qui vantent les mérites de la mobilité régulière, des transferts de compétences, des diasporas bonds et des forums d'investissement organisés à Paris ou à Milan ; de l'autre, une jeunesse qui continue de partir sans papiers, faute de voies légales suffisantes, et qui grossit les statistiques des interceptions et des naufrages. Les deux réalités coexistent, sans vraiment se parler.
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