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Addis-Abeba : Affi N'Guessan hissé vice-président de l'Initiative africaine des partis politiques pour l'Afrique de l'Ouest

Sous les voûtes du Centre commémoratif d’Adwa, haut lieu de la dignité africaine, Pascal Affi N’Guessan a été porté à la vice-présidence de l’African Political Parties Initiative (APPI) pour l’Afrique de l’Ouest. C’est une consécration continentale pour l’ancien Premier ministre ivoirien. Il siège désormais parmi les dix-sept dirigeants chargés de façonner l’avenir des partis politiques africains jusqu’en 2029, à la veille de l’échéance de 2030.

KAKoffi Ange7 novembre 2026⏱ 5 min de lectureLu 1 foisPolitique
Le Président du Parti à Addis Abeba
© Abidjan4all
Il y a des lieux qui donnent un sens particulier aux honneurs. Le Centre commémoratif d’Adwa, à Addis-Abeba, célèbre la victoire de 1896 qui a fait de l’Éthiopie le symbole d’une Afrique invaincue. C’est là que Pascal Affi N’Guessan a été porté, le 7 novembre, à la vice-présidence de l’African Political Parties Initiative (APPI) pour l’Afrique de l’Ouest, au terme du deuxième Sommet des partis politiques africains. Le président du Front populaire ivoirien (FPI) n’y représente plus seulement son parti ni même son pays. Il devient l’une des deux voix de toute une région, de Dakar à Lagos, au sein de l’instance qui entend professionnaliser la vie politique du continent. Pour l’ancien Premier ministre, écarté de la présidentielle de 2025, c’est une revanche éclatante sur le sort.

Une plateforme jeune, adossée à un centre de gouvernance

L'APPI n'est ni une organisation intergouvernementale ni une internationale partisane classique. Elle a été créée par l'Africa Governance Centre (AGC), une structure basée au Ghana, et lancée officiellement à Accra le 7 mars 2025 par le président ghanéen John Dramani Mahama. Son premier sommet s'est tenu dans la capitale ghanéenne du 12 au 14 août 2025 et a produit la Déclaration d'Accra. Le conseil consultatif de l'AGC est présidé par le Sud-Africain Jeffrey Radebe, ancien ministre de Jacob Zuma, et sa présidente exécutive est Benedicta Lasi.
Le sommet d'Addis-Abeba, placé sous le haut patronage du Premier ministre Abiy Ahmed, avait une dimension fondatrice. Les délégations devaient y approuver le projet de Constitution de l'APPI et un « instrument de transition constitutionnelle » qui met fin au comité de pilotage initial et installe une direction permanente. Ces deux documents, dont Abidjan4All a obtenu copie, éclairent la nomination d'Affi N'Guessan.

Un bureau de dix-sept membres, deux vice-présidents par région

La Constitution prévoit une direction du bureau de dix-sept membres : un coprésident institutionnel issu de l'AGC, un coprésident politique issu d'un parti membre, dix vice-présidents régionaux et cinq membres institutionnels (femmes, jeunes, formation des partis, représentants exécutifs). Les vice-présidences sont réparties à raison de deux par région : Afrique du Nord, de l'Ouest, centrale, de l'Est et australe. Affi N'Guessan occupe donc l'un des deux sièges ouest-africains.
Le détail qui compte se trouve à l'article 5 de l'instrument de transition : le bureau inaugural est présenté « comme équipe de direction complète » et approuvé par consensus. « Aucune élection concurrentielle n'est organisée pour constituer ce premier Bureau », précise le texte. Le mandat dure trois ans. Les premières élections ouvertes du coprésident politique et des vice-présidents n'auront lieu qu'à son terme, soit vers la fin de 2029.
Autrement dit, Affi N'Guessan n'a pas battu de concurrents dans un vote. Il a été retenu au terme de consultations menées en amont du sommet. Cela ne retire rien au crédit qu'on lui accorde, car il faut avoir convaincu les organisateurs et ses pairs. Mais le mot « élu », que certains militants emploient déjà, ne correspond pas aux textes.

Ce que le poste permet, et ce qu'il interdit

La vice-présidence offre un siège permanent dans l'organe qui dirige l'APPI entre deux sommets. Elle donne accès aux chefs d'État et anciens chefs d'État du Conseil consultatif présidentiel, aux partenaires au développement et aux dirigeants de partis de tout le continent, au pouvoir comme dans l'opposition. Le sommet a aussi lancé une plateforme de dialogue interpartis sur les politiques économiques et ouvert la consultation sur un « Agenda 2040 » pour la professionnalisation des partis africains, avec un futur Conseil des écoles et instituts de partis politiques (CAPPSI). Un vice-président régional sera aux premières loges pour orienter ces chantiers en Afrique de l'Ouest.
Les textes fixent aussi des limites nettes. L'article 20 de la Constitution dispose que l'APPI « ne peut être utilisée pour conférer un avantage électoral national à un parti membre ». L'article 22 interdit à tout titulaire de fonction d'engager l'organisation dans une « intervention politiquement sensible » sans autorisation. Enfin, l'APPI n'a pas de personnalité juridique propre : elle vit dans le cadre juridique et financier de l'AGC, qui garde la main sur les fonds, les archives et même les comptes numériques.

Pour le FPI, une respiration diplomatique

Le contexte national donne tout son relief à cette désignation. Depuis le rejet de sa candidature à la présidentielle d'octobre 2025, Affi N'Guessan cherche un second souffle. Le FPI qu'il préside reste concurrencé à gauche par le PPA-CI de Laurent Gbagbo, et sur la scène ivoirienne l'espace médiatique de l'opposition demeure étroit.
À Addis-Abeba, l'ancien Premier ministre a trouvé ce qu'Abidjan lui refuse : des photos aux côtés du Premier ministre éthiopien et du président de la Commission de l'Union africaine, un statut de dirigeant continental, un carnet d'adresses. Pour un parti qui revendique la social-démocratie et l'héritage d'une gauche de gouvernement, c'est une manière de se présenter en force de proposition plutôt qu'en simple voix contestataire. Le calendrier aide : le mandat inaugural court jusqu'à la veille de la présidentielle de 2030.

Notre regard

Cette désignation ne doit rien au hasard. Ancien Premier ministre et ancien ministre, Affi N’Guessan a dirigé pendant plus de vingt ans l’un des partis les plus structurés d’Afrique de l’Ouest. Il a traversé la crise, la prison et les déchirements de la gauche ivoirienne sans jamais renoncer au combat par les urnes. Ses pairs du continent ont reconnu en lui ce que la scène nationale lui conteste parfois : la stature d’un homme d’État et la constance d’un démocrate.

Le poste lui ouvre désormais les portes des chefs d’État du Conseil consultatif présidentiel, des partenaires au développement et des grandes familles politiques africaines. Il lui donne aussi une responsabilité : faire entendre l’Afrique de l’Ouest dans les chantiers de l’Agenda 2040, de la formation des cadres à la gouvernance économique. Les textes de l’APPI interdisent d’en faire un instrument de campagne nationale, et c’est très bien ainsi. Le prestige qu’il en tirera viendra de son travail, pas de son titre.

Le calendrier, lui, parle de lui-même. Son mandat court jusqu’à la fin de 2029, à la veille d’une présidentielle de 2030 qui s’annonce ouverte. Affi N’Guessan aborde cette échéance avec une carte que peu de ses concurrents peuvent revendiquer : celle d’un dirigeant reconnu par l’Afrique avant de solliciter à nouveau les Ivoiriens. Le FPI tient là une occasion historique de se réinventer en parti de propositions, tourné vers le continent. À son président de transformer ce sommet d’Addis-Abeba en point de départ.
KAKoffi Ange — Rédaction Abidjan4AllJournaliste · Politique
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