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Comment Pékin ressuscite un vieux principe maoïste pour verrouiller le contrôle social

Sous couvert de « gouvernance de proximité », le pouvoir chinois remet au goût du jour un modèle né dans les années 1960 sous Mao Zedong : celui de la commune de Fengqiao. Réhabilité et modernisé par Xi Jinping, ce dispositif de mobilisation des masses et de résolution locale des conflits s'est mué, décennies plus tard, en un outil de surveillance et de contrôle social à grande échelle.

JGJunior Gnapié10 septembre 20263 min de lectureLu 18 foisPolitique
Le président chinois Xi Jinping, en août 2026
📷 Illustration : Comment Pékin ressuscite un vieux principe maoïste pour verrouiller le contrôle social
Le nom ne dit sans doute rien à la plupart des lecteurs ivoiriens. En Chine, pourtant, « l'expérience de Fengqiao » occupe une place particulière dans le vocabulaire du pouvoir. Tout remonte à 1963, dans cette commune rurale de la province du Zhejiang, où Mao Zedong avait érigé en modèle une méthode de gestion des conflits locaux reposant sur la mobilisation directe des habitants, sans recours systématique à la police ni à la justice. L'idée : régler les tensions sur place, sans qu'elles ne remontent, en s'appuyant sur des comités de quartier et une forme de surveillance mutuelle encadrée par le Parti.
Six décennies plus tard, ce principe connaît une seconde vie sous l'autorité de Xi Jinping. Le pouvoir chinois a rhabillé le « modèle de Fengqiao » des attributs de la modernité numérique : caméras de surveillance, applications de signalement, bases de données croisant identité, déplacements et comportements jugés suspects. Ce qui était, dans les années 1960, une politique de médiation communautaire s'est transformé en une architecture de contrôle social où les comités de quartier, les entreprises et même certains volontaires civils participent activement au repérage et au signalement de tout écart par rapport à la norme fixée par le Parti.
Le glissement n'a rien d'un accident de l'histoire. Il s'inscrit dans une ligne politique assumée par Xi Jinping depuis plusieurs années : celle d'un pouvoir central qui cherche, dans le même mouvement, à afficher une proximité rassurante avec la population et à consolider un contrôle qui infuse jusqu'aux plus petites cellules de la société chinoise, quartiers, immeubles, entreprises. L'autosuffisance locale, présentée comme une vertu de gestion communautaire, sert dans les faits à décharger l'appareil judiciaire officiel tout en resserrant l'emprise du Parti sur le quotidien des citoyens.
Cette réactivation du référentiel maoïste n'est pas isolée. Elle s'inscrit dans un mouvement plus large de réhabilitation de certains principes de l'ère Mao par le pouvoir chinois actuel, entre appels à l'austérité, rhétorique de la mobilisation populaire et retour en grâce de vocabulaire longtemps associé à la Révolution culturelle. Des chercheurs spécialisés dans la Chine contemporaine y voient un moyen, pour Xi Jinping, de puiser dans un répertoire historique légitimant aux yeux du Parti, tout en l'adaptant aux outils de surveillance numérique dont ne disposait évidemment pas la Chine des années 1960.
Pour les autorités chinoises, ce système présente un double avantage. Il permet de prévenir les tensions sociales avant qu'elles ne dégénèrent en contestation ouverte, un objectif prioritaire pour un pouvoir hanté par le souvenir des mouvements de protestation passés. Il offre aussi une façade de gestion « par la communauté », plus présentable sur la scène internationale qu'un appareil répressif classique, alors même que les outils déployés, reconnaissance faciale, collecte massive de données, quadrillage des quartiers, relèvent bien d'une logique de surveillance de masse.
Le paradoxe résume assez bien la méthode chinoise actuelle : puiser dans l'histoire du maoïsme des symboles de proximité et de mobilisation populaire, pour habiller un dispositif de contrôle social parmi les plus sophistiqués jamais déployés à cette échelle. Un exercice d'équilibriste entre héritage idéologique et technologie de pointe, qui dit beaucoup de la manière dont Pékin entend gouverner sa population dans les années à venir.
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