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Côte d'Ivoire : Interview exclusive/Jean-Louis Billon: « L'ensemble du processus démocratique est un échec »

Boycott de la présidentielle de 2020, réaménagement au sein du Pdci-Rda, retour de Laurent Gbagbo… Dans le style franc et direct qui lui est connu, l'ancien ministre du Commerce, un des pontes du Parti démocratique de Côte d'Ivoire, a répondu à nos questions, mardi 1er juin 2021, au siège de sa formation politique à Abidjan-Cocody. L'interviewé, un des présidentiables du Pdci-Rda, se révèle pudique sur ses ambitions pour 2025. « Que Dieu nous prête longue vie ! », invoque-t-il.

GAGeorges AKA11 juin 20216 min de lecturePolitique
Côte d'Ivoire : Interview exclusive/Jean-Louis Billon: « L'ensemble du processus démocratique est un
📷 Illustration : Côte d'Ivoire : Interview exclusive/Jean-Louis Billon: « L'ensemble du processus démocratique est un

Avec du recul, M. le secrétaire exécutif, ne pensez-vous pas que la stratégie de désobéissance civile et de boycott de la présidentielle par l'opposition s'est révélée un échec ? Je dirai plutôt que c'est l'ensemble du processus démocratique en Côte d'Ivoire qui est un échec. Il ne faut pas voir l'échec que du côté du Pdci-Rda, mais sur l'ensemble du processus démocratique. On s'attendait à voir en 2020, une véritable démocratie avec une vraie passation de charges entre un ancien président et un nouveau président, et avec un taux de participation important aux élections. Finalement, tout cela n'a pas eu lieu. Je le répète souvent : la Côte d'Ivoire est l'un des seuls pays de la sous-région à n'avoir pas connu de transition démocratique calme, transparente, comme ont connu nos voisins du Libéria, du Mali par le passé, du Burkina, du Sénégal, du Nigéria, du Ghana. En Côte d'Ivoire, pays qui se targue d'être la première économie de la sous-région, pays le mieux organisé, aucune génération d'Ivoiriens n'a eu le bonheur de vivre une transition démocratique dans la stabilité, la paix, la transparence et la ferveur. Il n'y a donc pas d'échec du Pdci-Rda, mais un échec de la société ivoirienne, des acteurs politiques et de l'ensemble du système. Cela est à prendre en compte pour le futur. Il faut que nous puissions nous remettre en cause et dire : nous voulons, pour le futur, une vraie démocratie avec une Constitution qu'on ne triture pas avant chaque élection. Vous admettez tout de même que votre combat contre le « 3e mandat » n'a pas abouti et qu'aujourd'hui, plusieurs de vos camarades sont en détention. Finalement, c'est vous, les gros perdants ? C'est l'ensemble du processus qui est perdant. C'est la Côte d'Ivoire qui est perdante. Ce n'est pas que le Pdci-Rda. Nous sommes des acteurs parmi d'autres. Encore une fois, ce que nous vivons n'est pas ce que nous souhaitons. Il faut que nous soyons honnêtes avec nous-mêmes. Je pense que la grande majorité des Ivoiriens aurait préféré vivre dans un État véritablement démocratique. Vous êtes l'un des rares cadres du Pdci-Rda à avoir été élu député dans le Grand Nord. N'est-ce pas une situation désavantageuse pour ce parti dont le Nord a été longtemps un bastion ? C'est la démocratie locale. Je remercie les populations pour la confiance qu'elles ont placée en moi. La situation que vous relevez montre que lorsqu'on prétend avoir un bastion, cela n'est pas exact. Il faut laisser la démocratie se faire. Beaucoup de candidatures sont stoppées avant les élections. Il y a, d'abord, des velléités de candidatures, puis des tractations, enfin, des personnes qui sont empêchées de se présenter. Il faut être honnête. Il y a des pressions qui se font. Vous êtes un cadre dans une administration, on vous dit : « ce n'est pas vous le choix, donc, il faut laisser un tel se présenter sinon, on vous mute quelque part ». Les questions de tabouret et de fauteuil ! Sous ces pressions, des acteurs ne se présentent pas alors qu'ils auraient eu toutes les chances de l'emporter. Vous avez aussi des personnes qui sont éliminées sur tapis vert. Pour revenir à l'élection présidentielle, plusieurs candidatures ont été invalidées, d'autres acceptées, alors qu'on sait pertinemment qu'il y en a qui remplissaient toutes les conditions pour être candidat. Quand on laisse tout le monde se présenter, le peuple a le choix. Dans le cadre des législatives, le choix a été fait en ma faveur. C'est une satisfaction pour moi et le peuple Djimini. Mais quel enseignement peut tirer le Pdci-Rda de cette situation caractérisée par une rareté d'élus dans le Grand Nord ? Le Pdci-Rda, malheureusement, a abandonné le Nord à un moment donné en pensant que c'était le bastion d'un autre parti. C'était une erreur à ne pas commettre. Le Pdci-Rda va reconquérir le Nord parce que le Nord n'est le bastion de personne. Il ne faut pas oublier une chose : le Pdci, à travers le Rda, est né au Nord de la Côte d'Ivoire. Puisqu'à l'époque de l'Aof (Afrique-occidentale française), c'était à Bamako. Donc, le Rda a commencé au Nord avant d'arriver au Sud. Le Pdci-Rda va reconquérir le Nord déçu par le Rhdp. M. le secrétaire exécutif, le président Henri Konan Bédié a doté récemment le Pdci-Rda de plusieurs organes. Ces différents organes, dont un comité politique, cohabitent avec le secrétariat exécutif. Beaucoup d'observateurs y ont vu une manière de fragiliser le secrétaire exécutif en chef Maurice Kakou Guikahué dont les relations avec certains pontes sont devenues difficiles. Quel est votre avis ? Ce n 'est pas tout à fait exact. Le comité politique, qui a été mis en place, n'a pas les mêmes attributions que le secrétariat exécutif. Le secrétariat exécutif conduit le parti et exécute les directives du président du parti. Le comité politique, mis en place, va opérer une réflexion sur les différents aménagements que l'on pourrait faire dans le futur pour le parti. Donc, ce sont deux choses différentes. Pour ce qui est du comité politique, les cadres parcourront le pays et viendront avec des propositions qui seront faites au président du parti et en fonction de cela, il prendra des décisions. Ce sont vraiment deux choses différentes. Il n'y a pas d'antagonisme entre les deux organes. Il est tout de même une réalité que ce réaménagement se fait à un moment où se joue une crise interne entre des cadres du parti ? Les rivalités au sein d'un parti, il y en a toujours. Là, suite à l'élection présidentielle de 2020 et dans la perspective de 2025, le parti se repositionne, et pour cela il doit se réorganiser, opérer une mue afin d'arriver, plus fort, en 2025. Voilà l'objet de la réflexion qui est en cours. L'épisode de la désignation du président du groupe parlementaire du Pdci-Rda a laissé quelques séquelles. Est-ce que le fait de ne pas avoir reconduit systématiquement le professeur Maurice Kakou Guikahué n'était pas un désaveu ? Non, cet épisode n'a pas laissé de séquelles. Il y a eu un processus de choix. Nous avons estimé qu'après tout ce que nous avons vécu, fin 2020 début 2021, il était important que le secrétaire exécutif en chef se consacre pleinement au secrétariat exécutif et que l'on désigne un autre élu comme président du groupe parlementaire. Au final, le choix est revenu au président du parti, comme c'est la règle, au sein de notre parti. Il a désigné Simon Doh comme président du groupe parlementaire. Et nous avançons. En toute honnêteté, il n'y a pas de séquelles comme vous dites. Nous sommes un groupe bien soudé. A la suite des violences survenues, le 22 avril, au siège du Pdci-Rda, vous avez fait une sortie à Yopougon. Vous avez estimé que le « le parti, après tout ce qui s'est passé, doit se remettre en question et se positionner pour le futur ». Qu'est-ce que cela voulait dire concrètem

GAGeorges AKA — Rédaction Abidjan4AllJournaliste · Politique
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