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Exclusif - Alassane Ouattara : "Les candidatures de Soro et Gbabo relèvent de la provocation"

Exclusif - Alassane Ouattara : "Les candidatures de Soro et Gbabo relèvent de la provocation"

GAGeorges AKA27 septembre 20206 min de lecturePolitique
Exclusif - Alassane Ouattara : "Les candidatures de Soro et Gbabo relèvent de la provocation"
📷 Illustration : Exclusif - Alassane Ouattara : "Les candidatures de Soro et Gbabo relèvent de la provocation"

Il avait promis de ne pas se représenter. Coup de théâtre : le décès de son dauphin a décidé le président de la Côte d’Ivoire à briguer un troisième mandat très contesté par ses opposants. Il nous a reçus à Abidjan pour s’expliquer.    Sa réussite est incontestable. Cet économiste, ancien directeur général adjoint du FMI, a été aussi le seul Premier ministre d’Houphouët-Boigny. Il a connu l’exil, a échappé à des tentatives d’assassinat. Elu président, il a pu s’emparer du pouvoir en 2011 avec l’aide des Nations unies. Réélu triomphalement en 2015, il avait promis de quitter le pouvoir… jusqu’à ce que Amadou Gon Coulibaly, son premier ministre et dauphin désigné, succombe le 8 juillet dernier à une crise cardiaque. Tenant du titre jusqu’au 1er tour prévu le 31 octobre prochaine, le président ivoirien affirme craindre qu’une guerre de succession ne mette en péril son héritage : neuf ans d’un développement économique salué par la communauté internationale. Il s’est longuement confié à Paris Match sur ces élections, les tensions et les inquiétudes qu’elles génèrent. Extraits.   Paris Match. Vous êtes candidat à un troisième mandat à la tête de la Côte d’Ivoire. Est-ce la volonté de garder le pouvoir ou un “sacrifice personnel”, comme l’affirment vos proches ? Alassane Ouattara. J’avais décidé de passer la main et, croyez-moi, j’en étais heureux. J’ai 78 ans, j’ai beaucoup donné pour mon pays. Je m’apprêtais à ouvrir une fondation, tout était prêt. J’avais désigné mon successeur : Amadou Gon Coulibaly, mon Premier ministre, mon collaborateur depuis trente ans, je le considérais comme un fils. C’était un ingénieur et un économiste, il avait toutes les qualités pour être un grand président. Sa mort brutale d’une crise cardiaque m’a dévasté. Notre parti, qui représente la majorité des Ivoiriens, avait moins de sept semaines pour trouver un autre candidat. Et des primaires nous auraient fait courir le risque de divisions qui auraient fait le lit des prédateurs. C’est pourquoi j’ai dû me dévouer, quitte à rompre avec l’engagement que j’avais pris devant la nation le 5 mars dernier. Dans ce sens, oui, c’est un sacrifice. Et ce dernier mandat – si, comme je l’espère, je suis réélu – sera un sacerdoce.   Paris Match. Vos opposants vous reprochent de violer la Constitution, qui n’autorise que deux quinquennats successifs. Que leur répondez-vous ? Alassane Ouattara. Ce sont des bêtises ! Notre Constitution date de 2016, elle a instauré une nouvelle République en Côte d’Ivoire. Les cartes ont donc été rebattues. Je vous le répète, je n’ai jamais cherché à m’accrocher – contrairement à mes prédécesseurs. J’ai tout fait pour préparer la relève et je n’ai pas besoin d’être président pour garder mon train de vie, tous les Ivoiriens le savent. J’ajoute que, parmi mes adversaires, Laurent Gbagbo est resté onze ans au pouvoir et Henri Konan Bédié a été chassé par un coup d’Etat pendant son second mandat, puisqu’il avait terminé celui d’Houphouët-Boigny. Je ne suis donc pas le seul à briguer un troisième mandat. Et s’ils veulent appliquer l’ancienne Constitution, la limite d’âge pour être candidat y était de 75 ans et une visite médicale était imposée. Avec ces conditions-là, au moins un de mes challengers ne pourrait pas se présenter…   L’Union européenne a publié la semaine dernière un message appelant votre gouvernement à garantir la sécurité et l’impartialité de l’élection. Y a-t-il des raisons d’en douter ? L’UE a veillé à la tenue du précédent scrutin, en 2015. Les Européens savent qu’il a été transparent, démocratique et inclusif. Ils ne peuvent douter de ma volonté d’ancrer la démocratie dans ce pays. Je suis en train d’y parvenir. Tous les observateurs étrangers qui le voudront pourront vérifier par eux-mêmes.   "Emmanuel Macron veut rompre avec la Françafrique. Se mêler de l’organisation de nos élections, ce ne serait pas son genre."   Vous excluez donc le report de l’élection ? Bien sûr ! Il n’en est pas question. Encore une fois, respectons la Constitution : le scrutin présidentiel doit se tenir le dernier samedi du mois d’octobre de la cinquième année du président en exercice. La date du 31 octobre est donc inscrite dans le marbre.   Est-il exact qu’Emmanuel Macron vous a suggéré de reporter le vote quand vous l’avez rencontré à l’Elysée, le 4 septembre ? Emmanuel Macron veut rompre avec la Françafrique. Se mêler de l’organisation de nos élections, ce ne serait pas son genre. Je suis d’ailleurs surpris de voir certains de mes opposants en appeler à lui, en s’étonnant que la France ne s’invite pas dans nos débats.   Il ne vous a rien demandé ? Nous avons déjeuné en tête à tête, en amis. Il a cherché à savoir si la campagne et le vote se dérouleraient dans le calme. Je lui ai répondu que j’en avais la conviction. Nous avons évoqué aussi d’autres sujets, comme le Mali.   "Le poison de l’“ivoirité”, ce concept de préférence nationale que Bédié n’a cessé d’exploiter à des fins électoralistes, n’est pas absorbé."   D’une façon plus générale, comment qualifiez-vous vos relations avec la France ? Confiantes, respectueuses, amicales. Je regrette que nos échanges économiques aient diminué. La Chine et le Maroc sont désormais nos partenaires principaux, devant la France. Les banques françaises, notamment, ont quitté la Côte d’Ivoire. C’était une erreur, je n’ai cessé de le dire à vos présidents – Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron.   Les récentes violences, ces affrontements politico-ethniques qui déjà ont émaillé la campagne faisant quinze morts ne vous font pas douter ? Il est exact qu’il y a eu des heurts – dans quatre communes, sur 201. Des enquêtes sont en cours, les résultats seront rendus publics et toutes les personnes impliquées seront traduites devant la justice. Cela suffit-il pour laisser dire que la Côte d’Ivoire serait à feu et à sang ? Avez-vous croisé dans les rues des gens avec le couteau entre les dents ? Dans tous les pays, l’approche des élections est un facteur de tension. Regardez ce qui se passe aux Etats-Unis, la plus grande démocratie du monde. Et en France, n’oubliez pas ce qui s’est passé avec les gilets jaunes. Ne tombez pas dans le piège de la propagande. Ceux qui veulent le pouvoir par la force ont intérêt à alimenter la peur parce qu’ils craignent le vote démocratique.   Comment éviter que les clivages ethniques ne fassent resurgir la violence que la Côte d’Ivoire a déjà connue ? Par la démocratie. Le poison de l’“ivoirité”, ce concept de préférence nationale que Bédié n’a cessé d’exploiter à des fins électoralistes, n’est pas absorbé. J’appelle donc à la vigilance : nos institutions ne toléreront aucun dérapage, dans aucun discours. Ce n’est pas une menace, mais nous devons sortir de cette spirale destructr

GAGeorges AKA — Rédaction Abidjan4AllJournaliste · Politique
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