L'Algérie a annoncé, jeudi 10 septembre, la rupture de ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis. Selon la télévision publique algérienne, Alger a pris cette décision « après avoir épuisé tous les moyens susceptibles de préserver les relations bilatérales ». L'annonce marque un point de rupture après des années de tensions durant lesquelles les autorités algériennes ont régulièrement accusé Abou Dhabi de mener une politique d'ingérence dans la région.
Le président Abdelmadjid Tebboune, dont les propos ont largement circulé ces derniers jours, avait multiplié les mises en cause directes des dirigeants émiratis. Lors d'une interview télévisée, il avait qualifié les Émirats arabes unis d'« État minuscule » à l'« impact très négatif », lançant une formule restée dans les mémoires : « Là où ils mettent le pied, le sang coule ». Il avait ajouté vouloir éviter d'aggraver les divisions entre pays arabes, précisant qu'une rupture aurait pu intervenir bien plus tôt sans cette volonté de retenue.
Une rivalité ancienne, aux ressorts régionaux
Les tensions algéro-émiraties ne datent pas d'hier. Alger reproche de longue date à Abou Dhabi son soutien à des acteurs régionaux jugés hostiles à ses intérêts, dans un contexte de compétition d'influence qui traverse plusieurs dossiers : le Sahel, la Libye, ou encore les recompositions diplomatiques autour du dossier du Sahara occidental, sur lequel les deux pays défendent des positions opposées. Les Émirats arabes unis, acteur économique et diplomatique de plus en plus actif sur le continent africain, ont noué ces dernières années des partenariats avec plusieurs voisins de l'Algérie, ce que Tebboune a interprété comme une manœuvre d'encerclement.
Aucune réaction officielle d'Abou Dhabi n'avait été communiquée au moment de l'annonce algérienne. La rupture des relations diplomatiques, l'une des sanctions les plus lourdes du répertoire diplomatique classique, ouvre une période d'incertitude sur le sort des ressortissants, des investissements croisés et des accords bilatéraux en cours entre les deux pays. Elle intervient aussi dans un moment où plusieurs capitales du Golfe cherchent à consolider leur présence économique en Afrique du Nord et de l'Ouest, une dynamique qu'Alger observe avec une méfiance croissante.
Pour l'Algérie, cette décision s'inscrit dans une ligne diplomatique assumée depuis plusieurs années : celle d'une fermeté revendiquée face à des partenaires jugés trop intrusifs, quitte à en payer le prix sur le plan des relations économiques. Reste à mesurer l'ampleur des répercussions concrètes de cette rupture, dans une région où les alliances se recomposent au gré des rivalités entre puissances du Golfe.
Pour les pays africains, souvent courtisés à la fois par Alger et par Abou Dhabi selon les dossiers, cette rupture illustre la difficulté croissante à ménager des partenaires du Golfe dont l'influence économique et diplomatique s'étend rapidement sur le continent. Plusieurs chancelleries de la région suivront avec attention la manière dont l'Algérie, poids lourd diplomatique et militaire du Maghreb, gère la suite de ce contentieux, notamment sur les dossiers communs où Alger et Abou Dhabi avaient jusqu'ici maintenu un dialogue minimal malgré leurs désaccords.







