La Côte d'Ivoire fait partie des capitales africaines qui ont dit non à Washington. C'est ce que révèle « The Deportation Project », enquête internationale publiée le 21 septembre par un consortium de 26 médias coordonné par Forbidden Stories, à laquelle le site ivoirien Afriksoir et RFI ont chacun consacré un volet.
Une démarche américaine restée sans suite à Abidjan
Selon Afriksoir, un responsable du département d'État américain chargé de négocier l'accueil de personnes expulsées vers des pays qui ne sont pas les leurs, Christian Ehrhardt, s'est rendu à Abidjan à la mi-juin. La démarche n'a pas abouti : les autorités ivoiriennes ont refusé d'accueillir des ressortissants étrangers expulsés du territoire américain.
L'enquête, fondée sur des documents internes du département d'État, établit qu'au moins 25 447 personnes ont été expulsées des États-Unis depuis janvier 2025 vers 28 pays dont elles ne sont pas ressortissantes, dans le cadre d'accords conclus avec 35 États. Une carte interne datée de mars 2026 montre que 49 des 54 pays africains avaient été sollicités par Washington : treize avaient déjà signé un accord, neuf autres étaient encore en négociation, rapporte Afriksoir.
Des centaines de millions de dollars en jeu
Washington aurait mobilisé d'importantes ressources financières pour obtenir l'accord de plusieurs gouvernements : les documents consultés dans le cadre de l'enquête font état d'au moins 410 millions de dollars autorisés ou promis pour ces dispositifs, une partie versée directement aux gouvernements concernés, le reste devant transiter par des organisations internationales comme l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) ou le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), selon Afriksoir.
Le Liberia, pays voisin, a fait à l'inverse un choix radicalement différent. Le gouvernement du président Joseph Boakai a annoncé, le 18 août, un accord prévoyant l'accueil de jusqu'à 1 200 personnes expulsées des États-Unis sur une période d'un an. Le 20 août, un avion affrété par l'agence américaine de l'immigration (ICE) a atterri à l'aéroport international de Monrovia.
Des trajectoires individuelles bouleversées
Dans le volet de l'enquête publié par RFI, qui documente le sort de personnes déjà expulsées vers des pays tiers, un jeune homme originaire du Ghana raconte avoir été renvoyé vers la Sierra Leone avant d'être reconduit au Ghana, le pays qu'il avait fui après y avoir été menacé en raison de son homosexualité - un motif pénalement réprimé dans ce pays. Son avocat américain dit avoir appris son expulsion après coup, sans en avoir été averti par l'administration, alors qu'il figurait pourtant au dossier comme son représentant. RFI documente aussi le cas d'un homme né au Vietnam, expulsé vers l'Eswatini et aujourd'hui détenu dans une prison de haute sécurité de ce royaume d'Afrique australe.
Ni le gouvernement ivoirien ni l'administration américaine n'ont réagi publiquement, à ce stade, aux conclusions de l'enquête, publiée le 21 septembre. Les documents cités par Afriksoir ne précisent pas si Abidjan a fait partie des gouvernements auxquels une compensation financière a été directement proposée en échange d'un accord, ni, le cas échéant, quel montant aurait pu lui être offert.







