Sidya Touré est mort vendredi 25 septembre à l'hôpital américain de Paris, à l'âge de 81 ans, selon des informations concordantes de Jeune Afrique, de Guineenews et de l'agence panafricaine AllAfrica. Il était hospitalisé depuis près de deux semaines, après avoir été évacué en urgence depuis Abidjan, où il était malade depuis plus de trois mois, précise Guineenews, qui cite des sources familiales.
Né en 1945 — à Dimbokro, en Côte d'Ivoire, selon AllAfrica —, Sidya Touré avait construit l'essentiel de sa carrière professionnelle dans l'administration et les milieux économiques ivoiriens avant d'entrer en politique en Guinée. En juillet 1996, le président Lansana Conté lui confie la formation du gouvernement : il devient Premier ministre, fonction qu'il occupera jusqu'en mars 1999, dans un contexte de crise économique et de tensions sociales. Son passage à la Primature reste associé à des réformes économiques et administratives, ainsi qu'à des efforts pour alléger la dette guinéenne auprès des institutions financières internationales.
Une opposition payée au prix fort
C'est après son départ du gouvernement que Sidya Touré s'impose comme l'une des grandes figures de l'opposition guinéenne. Il prend la tête de l'Union des forces républicaines (UFR) en 2000, parti aujourd'hui dissous, selon Guineenews, qu'il dirigera pendant plus de deux décennies. Candidat à la présidentielle de 2010, il termine troisième au premier tour avec 13,62 % des suffrages, avant de se représenter en 2015.
Son engagement lui vaut d'être directement exposé à la répression. Le 28 septembre 2009, il fait partie des dirigeants de l'opposition mobilisés au stade de Conakry contre une possible candidature du chef de la junte de l'époque, Moussa Dadis Camara. La manifestation est violemment réprimée, faisant des dizaines de morts ; Sidya Touré est lui-même grièvement blessé à la tête, rapporte Guineenews.
Nommé Haut représentant du président Alpha Condé en janvier 2016, il quitte cette fonction en décembre 2018 pour reprendre ses activités dans l'opposition. Après le coup d'État de septembre 2021, qui renverse Alpha Condé, Sidya Touré quitte la Guinée en 2022 pour s'installer en Côte d'Ivoire. Jeune Afrique le présente, au moment des législatives du 31 mai dernier, comme président du parti Avenir pour une Guinée nouvelle, alors crédité de quatre députés et se revendiquant « premier parti d'opposition » à l'Assemblée, un statut acquis alors que la majeure partie des formations d'opposition en avaient été exclues.
Jeune Afrique relève un dernier épisode troublant : le président guinéen Mamadi Doumbouya a séjourné à Abidjan du 11 au 14 septembre, où il s'est entretenu avec Alassane Ouattara de plusieurs dossiers sensibles, dont celui des « opposants en exil ». Sidya Touré, qui disait vouloir rentrer finir ses jours en Guinée, n'aura pas vu l'issue de ces discussions.
Les premières réactions ont commencé à affluer samedi en Guinée. Le Premier ministre guinéen, Amadou Oury Bah, a exprimé sa « profonde tristesse » et présenté les condoléances du gouvernement à la famille, selon AllAfrica. Trois décennies après son entrée au gouvernement, Sidya Touré referme, par sa mort, l'un des chapitres les plus anciens de l'opposition guinéenne — celui qui remonte à l'ère Conté, avant même l'arrivée d'Alpha Condé au pouvoir.







