L'épisode, survenu mardi mais dont les versions continuent de diverger cette semaine, illustre à quel point la guerre en Ukraine continue de déborder, par la voie des airs, sur les pays voisins — et à quel point chaque incident de ce type donne aussitôt lieu à une bataille de récits entre Kiev, ses alliés occidentaux et Moscou.
Les faits établis : un drone, une fermeture d'espace aérien, un vol retardé
Sur le socle des faits, un relatif consensus existe. Mardi, alors que l'avion présidentiel ukrainien s'apprêtait à décoller de Moldavie en direction d'Oslo. Volodymyr Zelensky devait assister aux funérailles du roi Harald V de Norvège, un drone est entré dans l'espace aérien moldave. Selon les autorités de Chisinau, l'engin s'est écrasé près d'un village situé à environ 160 kilomètres de l'aéroport, sans faire de victime. Le trafic aérien a été temporairement suspendu par mesure de précaution, retardant d'autant le départ de l'avion présidentiel.
Deux lectures inconciliables du même événement
C'est sur l'interprétation de cet incident que les versions divergent radicalement. Le Premier ministre norvégien, Jonas Gahr Store, a affirmé que l'avion transportant Volodymyr Zelensky « a failli être touché » lors de la tentative de décollage, une formulation reprise par plusieurs médias occidentaux, dont Bloomberg et CNN. L'ambassadeur moldave a lui-même déclaré à CNN ne pas croire à un simple survol de surveillance « alors que l'avion du président ukrainien était au sol », laissant entendre une intention plus directe derrière l'intrusion du drone.
Mais le gouvernement moldave a depuis nuancé, voire contredit, cette lecture alarmiste. Selon son porte-parole Dumitru Ciorici, l'avion de Volodymyr Zelensky n'a « jamais été en danger direct » : le retard du vol s'explique uniquement par la fermeture temporaire, et par précaution, de l'espace aérien moldave après l'alerte, une procédure standard en cas d'incursion de drone, quelle qu'en soit l'origine ou l'intention.
Une version russe qui parle de « provocation »
Du côté russe, sans surprise, le registre est très différent. Le Kremlin a qualifié la menace évoquée par Oslo d'« éphémère » et d'« inexistante ». La chaîne d'État RT est allée plus loin, citant l'ancien président moldave Igor Dodon, qui évoque une tentative de « provocation » destinée à impliquer davantage la Moldavie, pays candidat à l'Union européenne mais théoriquement neutre sur le plan militaire, dans le conflit ukrainien.
Ni la présidence ukrainienne ni les sources indépendantes n'ont pu, à ce stade, confirmer l'origine précise du drone incriminé. Ce point demeure le cœur du désaccord : Kiev et ses soutiens occidentaux évoquent une origine russe, dans la droite ligne des incursions de drones et de chasseurs russes déjà enregistrées ces derniers mois au-dessus de la Pologne et de pays baltes, tandis que Moscou dément toute implication.
Un climat régional sous tension permanente
Au-delà du sort, in fine sans gravité, de ce vol présidentiel, Volodymyr Zelensky a rejoint le Canada jeudi, où il devait rencontrer le Premier ministre Mark Carney pour évoquer, précisément, le soutien occidental à la « protection des cieux » ukrainiens et de ses voisins, cet épisode illustre une réalité devenue banale depuis plusieurs mois : la multiplication des incursions de drones dans l'espace aérien de pays qui ne sont pourtant pas partie au conflit. Pologne, pays baltes, et désormais Moldavie : la liste des incidents disputés entre attribution occidentale et démenti russe continue de s'allonger, sans qu'aucune enquête indépendante et pleinement contradictoire n'ait, à ce jour, permis de trancher publiquement chaque cas avec certitude.







