C'est lors d'un service d'action de grâce à South Horr, dans le comté de Samburu, que William Ruto a formulé, dimanche 6 septembre, l'annonce la plus nette de sa présidence sur la question minière. « Allant de l'avant, notre position en tant que gouvernement, qu'il s'agisse de Magadi Soda, du pétrole ou de tous nos minerais, nous avons pris la décision de ne plus exporter de matières premières brutes. Nous allons transformer tous les minerais disponibles au Kenya », a-t-il déclaré, citant l'or, le calcaire, le minerai de fer, le graphite, le titane et la soude comme autant de ressources appelées à être transformées localement avant toute exportation.
Un bras de fer avec Tata Chemicals en toile de fond
Cette annonce ne sort pas de nulle part. Elle intervient quelques semaines après la suspension, le 28 juillet, des activités de Tata Chemicals Limited sur le site du lac Magadi, dans le comté de Kajiado, sur décision du ministère des Mines, de l'Économie bleue et des Affaires maritimes, invoquant des manquements en matière de conformité et de licences. L'entreprise indienne y exploitait le trona, matière première de la soude, depuis plus d'un siècle, un héritage colonial qui remonte à 1911.
Le président kényan a défendu cette décision en des termes sans détour, estimant que le pays ne tirait pas une valeur suffisante de cette exploitation séculaire : les matières premières partaient à l'exportation, avant de revenir sous forme de produits transformés plus coûteux. « Nous voulons donner à cinq, six, voire dix entreprises l'opportunité d'utiliser ces ressources pour créer des emplois, de la valeur, de la richesse et réduire la pauvreté », a-t-il justifié, annonçant l'ouverture d'un nouvel appel d'offres pour le site.
Dangote et les ambitions de raffinage régional
Le chef de l'État kényan a également confirmé l'avancée de discussions avec le magnat nigérian du ciment et du pétrole Aliko Dangote, en vue de l'implantation d'une raffinerie et d'un complexe pétrochimique à Lamu, sur la côte kényane. « C'est la raison pour laquelle nous travaillons avec Dangote pour avoir une raffinerie pétrolière à Lamu, et avec d'autres pour avoir des raffineries d'or, car il est imprudent pour un gouvernement d'exporter des matières premières, de créer des emplois et de la valeur dans d'autres pays, alors que nous avons une grande population de jeunes qui ont besoin d'emplois », a-t-il argumenté.
Une rhétorique de souveraineté qui interroge les investisseurs
Selon l'analyse publiée ce vendredi par Le Monde Afrique, cette série d'annonces spectaculaires s'inscrit dans une stratégie plus large de reconquête de la souveraineté économique, à laquelle le président kényan associe également les fonds souverains et les grands chantiers d'infrastructure. Une rhétorique qui trouve un écho favorable dans une opinion publique kényane sensible aux inégalités héritées de l'ère coloniale, mais qui suscite aussi des interrogations chez les investisseurs étrangers, échaudés par la méthode retenue dans le dossier Tata — une éviction actée par voie administrative plutôt que par une négociation contractuelle classique.
Reste à voir si cette politique de transformation locale des minerais se traduira, dans les mois à venir, par l'installation effective d'unités de transformation et par des partenariats industriels durables, ou si elle restera, comme d'autres annonces présidentielles avant elle, à l'état de déclaration d'intention. Le sort du site de Magadi, dont le nouvel appel d'offres doit encore désigner un ou plusieurs repreneurs, constituera un premier test grandeur nature de cette ambition.







