Deux explosions coup sur coup, tôt vendredi matin, à l'heure où les Kiéviens partent au travail. La station-service Ukrnafta du quartier de Pochaina, au nord de Kyiv, a été frappée en pleine heure de pointe par un drone russe à réaction. Le gérant d'un lave-auto voisin, son épouse et le conducteur d'une voiture qui passait par là ont été blessés dans ce qui ressemble à une double frappe délibérée, la seconde explosion visant apparemment les secours ou les curieux attirés par la première.
Un peu plus loin, dans le quartier très peuplé de Desnianskyi, une deuxième station a été touchée le même matin. Le gérant d'un commerce voisin a parlé d'un miracle qu'il n'y ait pas eu de mort : l'alerte aérienne avait laissé aux employés le temps de rejoindre un abri, et un client qui attendait dehors a vu le drone arriver et pris la fuite à temps. Selon le maire de Kyiv, Vitali Klitschko, ces frappes de vendredi ont fait au moins deux morts et douze blessés. Elles font suite à une attaque similaire menée la veille, jeudi, contre une autre station, une première pour la capitale à l'époque.
Un ciblage assumé des infrastructures civiles
Les trois installations touchées appartiennent toutes à Ukrnafta, la compagnie pétrolière et gazière publique ukrainienne. Sergiy Fedorenko, qui dirige par intérim sa maison mère Naftogaz, n'a pas mâché ses mots.
« Il n'y a, et il ne peut y avoir, aucun objectif militaire derrière de telles attaques. C'est de la terreur dirigée contre la population civile, contre des gens pacifiques. »
Une liste de dix-huit stations-service de Kyiv, susceptibles d'être visées, avait commencé à circuler sur Telegram dès mercredi. Les trois stations frappées jusqu'ici figuraient toutes sur cette liste.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dénoncé une dérive « de plus en plus terroriste » des frappes russes, pointant l'usage de drones Shahed à réaction pour multiplier les attaques contre des cibles du quotidien. La Russie a intensifié ces derniers mois ses frappes contre les infrastructures pétrolières ukrainiennes, jusque-là concentrées sur l'est et le sud du pays. Cette semaine marque la première fois qu'elles atteignent directement la capitale, dans une phase que les habitants eux-mêmes décrivent comme particulièrement éprouvante. « C'est probablement l'une des périodes les plus difficiles de la guerre, parce que la vie est comme sur des montagnes russes », témoigne Anastasiia Demchenko, 30 ans, qui travaille juste en face de l'une des stations touchées.
Kyiv à court d'intercepteurs, Zelensky en tournée diplomatique
Ces frappes surviennent alors que Kyiv subit des attaques quotidiennes de drones et de missiles depuis fin août, à un moment où les stocks ukrainiens d'intercepteurs Patriot s'amenuisent. Une accalmie de courte durée, liée à la visite des émissaires américains Jared Kushner et Steve Witkoff le week-end dernier, s'est achevée dès lundi. De son côté, l'Ukraine ne reste pas inactive sur le terrain énergétique : ses forces spéciales affirment avoir frappé cette semaine des installations pétrolières russes au port de Makhachkala, sur la mer Caspienne.
Les frappes de vendredi ont eu lieu alors que Volodymyr Zelensky effectuait une tournée à l'étranger pour renforcer les soutiens internationaux avant un hiver qui s'annonce difficile. Il avait rencontré, jeudi, le premier ministre canadien Mark Carney, qui a promis d'aider à renforcer les stocks de drones ukrainiens.







