Abidjan4AllL'info pour tous les Ivoiriens · partout dans le monde
DiasporaAnalyse — Diaspora et institutions

Réforme électorale en Côte d'Ivoire : quelle place pour la diaspora ivoirienne ?

Alors que pouvoir et opposition ivoiriens s'affrontent depuis dix jours sur l'architecture du futur organe électoral appelé à remplacer la CEI, une question reste en suspens : quelle place pour les Ivoiriens de l'extérieur dans cette réforme ? Éclairage sur un chantier institutionnel dont l'issue conditionne aussi la participation électorale de la diaspora.

JGJunior Gnapié11 septembre 20263 min de lectureDiaspora
A Bobigny, le Haut-Sassandra présente son bilan et mobilise ses ressortissants
📷 Illustration : Réforme électorale en Côte d'Ivoire : quelle place pour la diaspora ivoirienne ? © Abidjan4all
Depuis le 9 septembre, le gouvernement l'a redit sans détour : la prochaine révision de la liste électorale n'aura pas lieu tant que les structures destinées à remplacer la Commission électorale indépendante (CEI), dissoute dans le cadre de la réforme du système électoral, ne seront pas en place. « Les réflexions sont en cours, et une fois celles-ci terminées, nous saurons exactement quel organisme mènera cette opération », a expliqué le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, à l'issue du Conseil des ministres. Du côté de l'opposition, les consultations se sont multipliées ces derniers jours pour tenter de peser d'une seule voix sur cette future institution : après une audience avec le PPA-CI le 1er septembre, le PDCI, l'ADCI, la CAP-CI et le groupement initiateur du HCE ont été reçus le 9.
Ce bras de fer institutionnel, suivi de près à Abidjan, concerne pourtant directement une population qu'on oublie trop souvent dans ces débats : les Ivoiriens établis hors du pays. Leur poids électoral n'est pas symbolique, puisqu'ils votent, dans la limite des bureaux ouverts à l'étranger, à chaque scrutin présidentiel. Leur poids économique, lui, ne fait plus débat depuis longtemps.

Une diaspora qui pèse plus que l'aide au développement

Le chiffre a été rappelé fin juin par le ministre du Plan et du Développement, Souleymane Diarrassouba, devant la communauté ivoirienne de Paris : plus de 900 milliards de francs CFA sont transférés chaque année vers la Côte d'Ivoire par ses ressortissants de l'extérieur, un montant supérieur à l'aide publique au développement reçue par le pays. Le gouvernement veut désormais transformer une partie de ces flux, aujourd'hui largement absorbés par la consommation des familles, en investissements productifs : emprunts obligataires dédiés, fonds d'investissement spécifique, guichet unique. Ces annonces s'inscrivent dans le Plan national de développement 2026-2030, qui prévoit un programme d'investissement de plus de 114 838 milliards de francs CFA.
Sur le terrain consulaire, un autre chantier avance en parallèle depuis le début du mois. Réunis à Grand-Bassam du 7 au 9 septembre à l'initiative du ministre délégué chargé de l'Intégration africaine et des Ivoiriens de l'extérieur, Adama Dosso, dans le cadre du programme MIGRET soutenu par l'Union européenne et la France, diplomates, experts et représentants associatifs ont planché sur la création d'un Conseil des Ivoiriens de l'extérieur et sur le renforcement des services consulaires : cartes consulaires, état civil, protection sociale.

Le chaînon manquant : la révision de la liste électorale à l'étranger

Reste une zone grise que ni le gouvernement ni l'opposition n'ont, pour l'instant, abordée frontalement dans leurs échanges de la semaine. Comment la future institution électorale organisera-t-elle, concrètement, l'enrôlement et le vote des Ivoiriens de l'extérieur ? La question n'est pas anodine. Lors de la présidentielle de 2025, les bureaux de vote ouverts dans les pays d'accueil avaient déjà donné lieu à des débats sur la couverture géographique du dispositif et sur l'accès effectif des électeurs les plus éloignés des grandes capitales.
Tant que l'architecture du nouvel organe électoral n'est pas arrêtée, cette dimension diaspora restera en suspens, suspendue au compromis politique qui se cherche actuellement entre le pouvoir et une opposition elle-même en quête d'unité. Les prochaines semaines, où doivent se poursuivre les consultations entre les deux camps, diront si les Ivoiriens de l'extérieur seront associés à la discussion, ou s'ils devront, une fois encore, s'accommoder d'un dispositif pensé sans eux avant d'être appliqué à eux.
diaspora ivoirienneCôte d'Ivoireréforme électoraleIvoiriens de l'extérieurCEIAdama Dossotransferts d'argentPND 2026-2030
Commentaires (0)

Connectez-vous pour rejoindre la discussion — les commentaires sont modérés.