Le vote a été net : 168 voix pour, 31 contre et 145 abstentions. Le 10 septembre, le Congrès des députés espagnol a adopté la proposition de loi ouvrant la nationalité espagnole à une partie de la population sahraouie, celle née à l'époque où le Sahara occidental était un territoire administré par Madrid, avant le retrait colonial de 1975. Portée par Sumar, la coalition de gauche membre du gouvernement de Pedro Sánchez, la réforme a été votée par le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et ses alliés.
Le texte, qui doit encore poursuivre son parcours parlementaire avant d'entrer en vigueur, concerne des dizaines de milliers de personnes selon les estimations relayées par la presse espagnole et maghrébine. Beaucoup vivent depuis des décennies dans les camps de réfugiés de Tindouf, en Algérie, où l'essentiel de la diaspora sahraouie s'est installée après l'annexion du territoire par le Maroc et la Mauritanie à la fin de la période coloniale espagnole.
Un dossier ancien qui redevient explosif
Derrière l'apparente technicité d'une réforme du code de la nationalité se joue en réalité bien davantage. Le Sahara occidental reste, cinquante ans après le retrait espagnol, l'un des différends territoriaux les plus anciens et les plus irrésolus d'Afrique du Nord, disputé entre le Maroc, qui y exerce une administration de fait sur la majeure partie du territoire, et le Front Polisario, qui réclame l'indépendance au nom du peuple sahraoui avec le soutien constant de l'Algérie.
En ouvrant sa nationalité à une partie de cette population, l'Espagne se retrouve prise dans un jeu d'équilibres diplomatiques délicat. Ses relations avec Rabat traversent déjà une zone de turbulences depuis la crise migratoire de Ceuta, où l'entrée massive de dizaines de milliers de personnes dans l'enclave espagnole n'a, plus d'un mois après les faits, toujours pas été totalement élucidée par l'enquête en cours. À l'inverse, Madrid observe un net réchauffement de ses relations avec Alger, longtemps compliquées par le soutien espagnol à un plan d'autonomie marocain pour le Sahara occidental.
Le Maroc vent debout, le Polisario salue une victoire
Sans surprise, le vote a été accueilli très différemment de part et d'autre du détroit de Gibraltar. Du côté sahraoui et algérien, plusieurs médias ont salué une « victoire historique » à Madrid. Rabat, en revanche, considère traditionnellement toute reconnaissance implicite d'un statut particulier pour les populations sahraouies comme une remise en cause de sa souveraineté sur le territoire, qu'il revendique dans son intégralité depuis 1975.
Le gouvernement espagnol se retrouve ainsi à devoir gérer les conséquences diplomatiques d'un texte porté à l'origine par une logique de réparation historique et de droit du sol différé, plus que par un calcul géopolitique délibéré. Reste à savoir si Madrid, qui demeure un fournisseur énergétique de premier plan pour le royaume chérifien en gaz, en pétrole et en électricité, pourra absorber les retombées de ce vote sans rouvrir une crise plus large avec son voisin marocain, à un moment où la région observe déjà avec attention les recompositions en cours autour du dossier saharien.







