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CAN 2025 : Le tapis vert a tué le football africain

Le 17 mars 2026 restera dans les annales du football africain. Ce soir-là, le jury d'appel de la Confédération africaine de football (CAF) a rendu l'une des décisions les plus stupéfiantes de l'histoire sportive du continent : retirer au Sénégal le titre de champion d'Afrique 2025 — une couronne chèrement gagnée sur le terrain, trophée remis, prize-money encaissé, champagne bu — pour le déposer sur la tête du Maroc. Score officiel homologué : 3-0. Sur tapis vert. Deux mois après les faits.

GAGeorges AKA15 avril 20266 min de lectureSport
CAN 2025 : Le tapis vert a tué le football africain
📷 Illustration : CAN 2025 : Le tapis vert a tué le football africain

J'ai couvert des finales, des polémiques d'arbitrage, des scandales de gouvernance. Mais là, je dois l'admettre : je reste sans voix. Pas parce que je suis du côté du Sénégal. Pas parce que je suis contre le Maroc. Mais parce que ce qui vient de se passer dépasse le cadre d'un simple litige sportif. C'est un précédent catastrophique dont le football africain mettra des années à se remettre — s'il s'en remet jamais. Rappel des faits : une finale au scénario de film Revenons au 18 janvier 2026, au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat. Sénégal contre Maroc, la grande finale. Le score est 0-0 dans les arrêts de jeu, quand l'arbitre Jacques Ndala Ngambo siffle un penalty en faveur des Lions de l'Atlas. Une décision immédiatement contestée par les joueurs sénégalais. Portés par leur sélectionneur Pape Thiaw et, selon plusieurs témoins, poussés hors du terrain par la confusion ambiante — des supporters envahissent la pelouse, des projectiles fusent des tribunes — les Lions de la Téranga disparaissent aux vestiaires pendant une vingtaine de minutes. Puis Sadio Mané, en capitaine, convainc ses coéquipiers de revenir. Le match reprend. Brahim Diaz tente une panenka sur le penalty : Édouard Mendy l'arrête magistralement. Le match file en prolongation. Pape Gueye inscrit le seul but de la rencontre. Le Sénégal remporte la CAN 2025. Les médailles sont remises. Le trophée est soulevé. Le président de la République sénégalaise félicite ses champions. Le monde entier a vu cette finale. L'arbitre n'a à aucun moment sifflé la fin de la rencontre pour cause d'abandon. Il a laissé le match reprendre. Il a validé le résultat. Ce que disent les textes La CAF s'appuie sur l'article 82 de son règlement, qui stipule qu'une équipe quittant le terrain "sans autorisation" est déclarée perdante. L'article 84 prévoit un forfait 3-0. Mais la Loi 5 de l'IFAB (applicable à tous les matchs FIFA/CAF) donne à l'arbitre un pouvoir discrétionnaire total sur la conduite du jeu. En laissant le match reprendre, l'arbitre a techniquement transformé l'interruption en simple suspension — pas en abandon. La Fédération sénégalaise de football (FSF) dénonce une décision "infondée en droit, arbitraire et manifestement disproportionnée" et a saisi le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) à Lausanne.

Le problème de fond : l'arbitre n'a pas sifflé C'est ici que le bât blesse, et c'est ici que la décision de la CAF vacille sur ses fondements. L'arbitre est le maître du jeu. C'est un principe absolu du droit du sport, consacré par la jurisprudence du TAS sous le nom de Field of Play Doctrine. Si l'arbitre Jacques Ndala Ngambo n'a pas mis fin au match, c'est qu'il a exercé son pouvoir discrétionnaire. Il a considéré, en homme de terrain, qu'il pouvait suspendre temporairement la rencontre et la faire reprendre. Ce qu'il a fait. "L'arbitre a laissé revenir l'équipe du Sénégal sur la pelouse, puis a laissé tirer le penalty. Ce qui voudrait dire qu'il a toléré le fait que les Sénégalais aient quitté la pelouse. Revenir deux mois après pour sanctionner le Sénégal sur la base d'une infraction qui n'a pas été constatée, c'est absurde." — Guy Martial, consultant football Cette analyse n'est pas isolée. L'avocat en droit du sport Christophe Bertrand, interrogé par franceinfo, a lui-même qualifié ce retournement de situation de "décision sans précédent qui soulève beaucoup de questions". Pour le juriste sénégalais Pape Ndong, la CAF "cumule les vices : incompétence temporelle, violation des principes généraux du droit du sport, atteinte à la sécurité juridique et détournement de pouvoir." Des mots forts. Des mots qui pèsent. Et que dire du précédent de 2019 ? En finale de la Ligue des champions africaine, le Wydad Athletic Club de Casablanca avait lui aussi quitté le terrain pour protester contre une panne de la VAR — et cette fois, sans jamais revenir. Le TAS avait finalement validé la victoire de l'Espérance sportive de Tunis. Autrement dit : même dans un cas d'abandon beaucoup plus franc et définitif, la juridiction internationale avait penché pour le résultat du terrain. Alors pourquoi le Sénégal, dont l'équipe est revenue et a joué les prolongations, serait-il traité plus sévèrement ?

La question politique qu'on ne peut pas esquiver Soyons honnêtes. Dans ce dossier, il y a une dimension politique que tout journaliste sérieux se doit d'aborder, même si elle est inconfortable. Le Maroc n'est pas n'importe quelle puissance dans le football africain. Son influence au sein de la CAF est réelle, documentée, et personne ne peut l'ignorer en faisant mine d'analyser cette affaire sereinement. Fouzi Lekjaa, président de la Fédération Royale Marocaine de Football, est également ministre des Finances au Maroc et membre influent du comité exécutif de la CAF. Le Maroc est, depuis plusieurs années, le pays "pompier" du football africain : celui qui accepte d'organiser des compétitions quand d'autres pays se désistent, celui qui finance, celui qui structure. Et le Maroc est le futur co-organisateur du Mondial 2030, avec l'Espagne et le Portugal, en symbiose organique avec Gianni Infantino à la FIFA. "La décision du 17 mars ne tombe pas du ciel. Le Maroc, pilier de la stratégie d'Infantino et futur co-hôte du Mondial 2030, se retrouve au cœur d'une manœuvre qui dépasse le cadre d'un simple penalty contesté." — Analyse, Maghreb Émergent Cela ne signifie pas que le règlement de la CAF est faux. Cela ne signifie pas que les Sénégalais avaient le droit de quitter le terrain — ils ont eu tort de le faire, c'est indéniable. Mais cela pose une question fondamentale : est-ce que la même décision aurait été rendue si c'était le Maroc qui avait quitté le terrain et le Sénégal qui avait déposé une plainte ? La question mérite d'être posée. Elle dérange. C'est pour ça qu'elle est légitime.

CAN 2025 : Le tapis vert a tué le football africain

Le vrai perdant : le football africain Au-delà du duel Sénégal-Maroc, c'est le football du continent tout entier qui sort perdant de cette affaire. Qu'on soit pour ou contre la décision de la CAF, un fait s'impose : jamais, dans toute l'histoire de la CAN, un titre n'avait été retiré après la compétition. C'est une première. Et les premières de ce type ne sont jamais bonnes nouvelles pour une institution qui cherche à gagner en crédibilité internationale. Car la CAF est déjà fragile. Elle est scrutée, critiquée, régulièrement traînée devant le TAS. Des scandales d'arbitrage, des problèmes d'organisation, des décisions contestées : le football africain souffre d'un déficit de gouvernance chronique. Et voilà qu'au lieu de renforcer la confiance, la CAF choisit de réécrire le résultat d'une finale deux mois après les faits. C'est une bombe à retardement p

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