On croyait avoir tout vu dans le football africain. Mais ce printemps 2026 restera comme une saison noire pour la crédibilité de la Confédération Africaine de Football. Le scénario est digne d'un roman : le Sénégal remporte la finale de la Coupe d'Afrique des Nations le 18 janvier 2026 à Rabat, bat le Maroc 1-0 après prolongation, reçoit les médailles, soulève le trophée, encaisse les primes. Deux mois plus tard, la CAF leur retire tout — le titre, la victoire, le statut de champion d'Afrique. Et le Maroc, vaincu sur la pelouse, est déclaré champion par forfait sur le score de 3-0. On croit rêver. On ne rêve pas. Le mercredi 17 mars 2026, le jury d'appel de la CAF a rendu cette décision explosive en s'appuyant sur les articles 82 et 84 du règlement de la CAN, invoquant un « refus de jouer » ou un comportement assimilable à « quitter le terrain avant la fin réglementaire » de la part des Lions de la Teranga. Une qualification juridique que la Fédération sénégalaise de football (FSF) conteste avec une énergie et une indignation décuplées. La FSF saisit le TAS : la riposte est lancée La réponse du Sénégal n'a pas tardé. Le 25 mars 2026, le Tribunal Arbitral du Sport (TAS), basé à Lausanne en Suisse, a officiellement confirmé avoir enregistré le recours déposé par la FSF. L'appel demande l'annulation pure et simple de la décision de la CAF et la reconnaissance du Sénégal comme seul et unique vainqueur de la CAN 2025. « L'équipe nationale du Sénégal est l'unique et véritable vainqueur de la Coupe d'Afrique des nations 2025, un titre acquis de droit sur le terrain. »— Abdoulaye Fall, Président de la Fédération Sénégalaise de Football Le président de la FSF, Abdoulaye Fall, était on ne peut plus clair lors de sa conférence de presse du 19 mars : « Il y a eu des faits de jeu. Il y a eu des contestations. Le jeu a repris. Il y a eu un penalty qui a été tiré et raté. Le match a pris fin. On a joué les prolongations et le Sénégal a gagné par un but à zéro. On a reçu les médailles, le trophée et le prize-money. Pour nous, c'est une affaire classée », a-t-il martelé. En filigrane : la décision de la CAF est illégale, illégitime et politiquement motivée. Le gouvernement sénégalais dénonce une corruption et exige une enquête internationale Au-delà de la fédération, c'est tout l'État sénégalais qui est monté au créneau. Dans un communiqué officiel, la porte-parole du gouvernement, Marie Rose Khady Fatou Faye, a réclamé l'ouverture d'une enquête internationale pour « soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF ». Le gouvernement a dénoncé une décision « d'une gravité exceptionnelle » et « grossièrement illégale », promettant d'user de toutes les voies de recours disponibles. Ces accusations ne tombent pas dans le vide. De nombreux observateurs du football africain pointent depuis longtemps une influence marocaine croissante au sein de la CAF, renforcée par la candidature du Maroc pour la Coupe du Monde 2030 (co-organisée avec l'Espagne et le Portugal) et ses ambitions diplomatiques sur le continent. La coïncidence de timing — le Maroc, pays organisateur, se voit décerner le titre qu'il a perdu sur la pelouse — alimente une méfiance profonde envers les institutions du football africain. 1–0 Score sur le terrain (Sénégal) 3–0 Score administratif (CAF) 17 mars Décision CAF controversée 25 mars Recours enregistré au TAS Un bras de fer juridique aux multiples rebondissements Du côté marocain, le camp adverse ne chôme pas non plus. Le Club des Avocats du Maroc a adressé une mise en demeure formelle aux responsables du Stade de France et à la société GL Events pour tenter de bloquer une cérémonie de présentation du trophée prévue par le Sénégal lors de son match amical face au Pérou, le 28 mars à Paris. Argument juridique avancé : en l'absence de décision suspensive du TAS, toute présentation du trophée par le Sénégal constituerait « une usurpation de titre et un trouble manifestement illicite ». Sur le fond juridique, des experts du droit du sport soulèvent une question fondamentale : la notion de « refus de jouer » telle que définie par l'article 84 du règlement de la CAN était-elle réellement applicable dans ce cas ? À la différence de l'affaire Wydad-Espérance de Tunis en Ligue des Champions africaine — où les joueurs marocains avaient définitivement quitté le terrain — l'incident lors de la finale Maroc-Sénégal avait un caractère transitoire et réversible. Le match avait repris, les prolongations avaient été jouées. Le TAS devra donc se prononcer sur cette lacune normative majeure. Quand le football africain perd son âme Au-delà de la procédure, ce qui se joue est bien plus profond. C'est la crédibilité même du football africain, et de son instance dirigeante, qui est en jeu. Des millions de supporters, en Afrique de l'Ouest en particulier, ont vécu la finale du 18 janvier comme un moment de fierté collective. Voir ce moment effacé par un verdict administratif deux mois plus tard, sans que les détails de la décision n'aient même été communiqués aux parties — la décision de la CAF du 17 mars ne contenait que le verdict, sans les motivations — laisse un goût amer qui dépasse largement le sport. Pour la Côte d'Ivoire et ses Éléphants, cette affaire est un signal d'alarme : les règles qui gouvernent nos compétitions africaines doivent être claires, transparentes et appliquées avec équité. La balle est désormais dans le camp du TAS. Son verdict, attendu dans les prochains mois, sera historique pour le football du continent. La rédaction
Sport
CAN 2025 : le titre volé, le trophée disputé — l'Afrique du foot en crise ouverte
Après avoir soulevé la coupe en janvier à Rabat, le Sénégal s'est vu retirer son titre sur tapis vert au profit du Maroc. La Fédération sénégalaise porte désormais l'affaire devant le Tribunal Arbitral du Sport. Le football africain traverse sa plus grave crise institutionnelle.

📷 Illustration : SPORT/ Sénégal : l’équipe nationale des Lions de la Teranga de retour triomphal après la CAN 2025
GAGeorges AKA — Rédaction Abidjan4AllJournaliste · Sport
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