Une libation, d'abord, pour appeler la bénédiction des ancêtres sur les travaux. Puis, jeudi 10 septembre à Abidjan-Cocody, le Premier ministre Beugré Mambé a présidé l'ouverture de la deuxième édition d'Impact IA, la conférence nationale ivoirienne sur l'intelligence artificielle. Le thème retenu cette année ne laisse guère de place à l'ambiguïté : « De la vision aux cas d'usage : structurer l'IA nationale pour résoudre nos défis prioritaires ».
Le ton avait été donné la veille, loin des caméras. Le 9 septembre, des ateliers à huis clos ont réuni des acteurs de l'administration, de l'agriculture, de l'éducation, de la santé et du secteur privé pour identifier les problèmes que l'intelligence artificielle pourrait aider à résoudre. Onze cas d'usage prioritaires en sont sortis, selon Dr Rokia Fofana, directrice de cabinet du ministre de la Transition numérique et directrice scientifique de la conférence. « Impact IA a été conçu comme un espace de travail, de décisions et d'engagement », a-t-elle rappelé à l'ouverture, citant le mot d'ordre de la première édition : passer « du verbe à l'action ».
« Le temps de l'exécution »
Le ministre de la Transition numérique et de l'Innovation technologique, Djibril Ouattara, a repris cette exigence à son compte, dans des termes qui tranchent avec la prudence habituelle des discours d'ouverture.
« « Nous ne sommes plus dans le temps des grandes déclarations d'intention. Nous sommes entrés dans le temps de l'exécution, du suivi et des résultats mesurables. » »
— Djibril Ouattara, ministre de la Transition numérique et de l'Innovation technologique
Il a cité deux partenariats déjà noués pour appuyer cette bascule : avec Mistral AI, pour accompagner le développement des capacités nationales sur les données et les infrastructures, et avec AIVANCITY, centré sur la formation et le développement des compétences en intelligence artificielle. Cette deuxième édition s'est aussi conclue par une déclaration Impact IA 2026-2030, qui fixe trois engagements : un cadre éthique et réglementaire de confiance, le renforcement des infrastructures et de la souveraineté numériques, et la mobilisation des ressources nécessaires au financement des cas d'usage prioritaires.
Un plan calé sur le PND
L'ambition affichée reprend, presque mot pour mot, le Plan national de développement 2026-2030 : les deux membres du gouvernement présentent le numérique et l'intelligence artificielle comme des leviers de transformation économique, de modernisation de l'administration et de création d'opportunités pour la jeunesse. Le ministère s'est doté, en parallèle, d'un plan d'accélération 2026-2028 qui décline cette ambition en priorités opérationnelles : déploiement d'une IA nationale, renforcement de la cybersécurité et de la confiance numérique, développement des compétences.
Dans l'après-midi de jeudi, d'autres ateliers ont réuni ce que l'AIP appelle les « enablers » : les secteurs de l'énergie, des données, de la régulation, et des membres de la diaspora ivoirienne. Les échanges devaient se poursuivre vendredi avec le secteur privé, pour préciser cette fois les conditions de financement, d'adoption et de passage à l'échelle des solutions retenues.
Djibril Ouattara a tenu à replacer cette conférence dans une filiation politique précise. Selon lui, c'est sous l'impulsion du Premier ministre que le ministre de la Transition numérique et de la Digitalisation, Khalil Konaté, avait initié, dès la première édition, cette conférence nationale sur l'intelligence artificielle. Une manière de rappeler que la conférence ne sort pas de nulle part : elle prolonge un chantier institutionnel entamé plus tôt, porté par plusieurs ministres qui se sont succédé sur le dossier numérique.
Reste à savoir combien de ces onze cas d'usage passeront réellement du papier au terrain d'ici 2030, et à quel rythme.







