L'annonce est tombée en fin de journée ce vendredi 25 septembre. Georges Taï Benson, que tout le milieu des médias appelait simplement GTB, est décédé à l'Institut de cardiologie d'Abidjan, rapporte le site d'information APRNEWS. Né le 25 janvier 1946 à Treichville, il avait fêté ses 80 ans en début d'année. Au moment où nous écrivons ces lignes, ni la famille ni la direction de la RTI n'ont, à notre connaissance, publié de communiqué officiel. Les circonstances précises du décès restent inconnues.
Un gamin de Treichville renvoyé en classe de 5e
Rien, sur le papier, ne destinait ce fils d'un bijoutier de l'époque coloniale à devenir l'un des visages les plus connus du pays. Après une scolarité primaire à Grand-Lahou, il est renvoyé du secondaire en classe de 5e pour indiscipline. Il s'oriente alors vers l'art dramatique à Abidjan, puis part se former à la radio en France. Il ne s'en est jamais caché : ce niveau de 5e, il en parlait avec une forme de fierté, tout en regrettant que ce diplôme manquant lui ait fermé les portes de l'enseignement.
Les récits divergent sur la date exacte de ses premiers pas à l'antenne. Certains la situent en juin 1964, d'autres en décembre 1965, avec l'émission Rythme et Tradition. Lui-même avait célébré en 2014 ses cinquante ans de télévision. Une chose est sûre : il a grandi en même temps que la RTI.
Variétoscope, et tout le reste
Le grand public retiendra d'abord Variétoscope, lancé en 1984 à Treichville avec quelques troupes de danse d'Abidjan. L'émission, qui met en compétition les chorégraphies et les cultures du pays, est devenue l'un des programmes les plus durables du paysage audiovisuel ivoirien. Des générations de danseurs y ont fait leurs débuts.
Mais réduire GTB à Variétoscope serait passer à côté de l'essentiel. Animateur de variétés, présentateur du journal, reporter sportif, réalisateur, chef du service des programmes : il a occupé à peu près tous les postes qu'offrait la télévision de l'époque. Lors d'un hommage organisé en janvier 2019 à Angré, ses anciens collaborateurs de la RTI expliquaient qu'il avait inspiré la plupart des émissions à succès des années 1970 et 1980, et formé une bonne partie des animateurs et producteurs qui leur ont succédé. Eux l'appelaient affectueusement « le Boss ».
La musique lui doit aussi beaucoup. C'est lui qui a produit le premier album d'Alpha Blondy, et la star du reggae ne l'a jamais oublié : elle lui a rendu hommage publiquement à Grand-Bassam, en le présentant comme son premier producteur. Le Super Prix des RTI Music Awards porte aujourd'hui son nom.
L'animateur des présidents
Félix Houphouët-Boigny avait très tôt repéré ce jeune animateur au bagout rare et le sollicitait pour les grandes manifestations culturelles de la présidence, à Abidjan comme à Yamoussoukro. GTB a ensuite été chargé de mission à la présidence de la République. Sa proximité avec Laurent Gbagbo, qu'il n'a jamais reniée, lui a valu des années difficiles après la crise. En 2014, il confiait se sentir traité en paria et réclamait, avec l'amertume de ceux qui ont beaucoup donné, que le mythique Studio B de la RTI porte un jour son nom.
L'homme avait la dent dure. En août 2023, à la mort d'Henri Konan Bédié, il avait publiquement étrillé la RTI sur Facebook, lui reprochant d'avoir laissé une chaîne étrangère annoncer la nouvelle avant elle. Une sortie qui avait divisé les internautes, mais qui ressemblait bien à celui qui se présentait lui-même comme un « monument légendaire ».
Le combat du « titre costume »
Sa dernière grande bataille portait sur la reconnaissance. GTB militait pour que les serviteurs de la nation soient décorés de leur vivant, « à titre costume » plutôt qu'à titre posthume, selon un jeu de mots dont il était très fier. Il l'expliquait encore en septembre 2024 au Musée des civilisations : on décore quelqu'un quand « tu es debout sur tes pieds, tu es en costume », entouré des siens.
De ce point de vue, il aura en partie obtenu gain de cause. Chevalier puis officier de l'Ordre national, distingué au titre du mérite sportif, agricole et culturel, célébré par ses pairs à 75 ans, il a reçu de son vivant une bonne part des honneurs qu'il réclamait pour les autres. Il reste désormais à savoir si la RTI, à qui il a consacré l'essentiel de sa vie, saura lui rendre l'hommage qu'il attendait, ce fameux Studio B compris.







