La ville d'Abengourou est sous le choc. Le dimanche 1er novembre, le sergent-chef de police Gnahoré Hermann Martial, en service au commissariat du 1er arrondissement, a été retrouvé mort dans le quartier Lycée, près de son domicile. Selon Fraternité Matin et les premières constatations de la police technique et scientifique, il s'agirait d'un suicide.
D'après le témoignage d'un proche, un agent des Douanes, le policier l'avait appelé dans la matinée pour lui confier son mal-être. Son ami s'est aussitôt rendu auprès de lui pour tenter de l'aider, sans pouvoir empêcher le drame. Les raisons de son geste restent inconnues, et il revient aux autorités compétentes d'en établir les circonstances. Lors de la cérémonie des couleurs, le préfet de région, Kouadio Kouassi Eugène, a rendu hommage au sergent-chef et présenté ses condoléances aux forces de sécurité.
Nos pensées vont à sa famille, à ses proches et à ses collègues.
Un tabou qui coûte des vies
Il faut se garder de toute conclusion hâtive sur ce qui a conduit ce policier à mettre fin à ses jours. Les causes d'un suicide sont presque toujours multiples, et rien ne permet aujourd'hui de les lier à ses conditions de travail. Mais ce drame met en lumière une réalité dont on parle trop peu.
Les policiers, gendarmes et militaires vivent un stress quotidien hors du commun : exposition à la violence, horaires épuisants, mutations loin de la famille, pression hiérarchique, et pour certains des souvenirs de crise jamais soignés. Dans les rangs, parler de dépression ou d'idées noires reste souvent perçu comme une faiblesse. On encaisse en silence. Et l'accès à une arme de service rend le moindre moment de détresse beaucoup plus dangereux.
Des chiffres qui inquiètent
En Côte d'Ivoire, le sujet commence à peine à sortir de l'ombre. Une étude du ministère de la Santé, menée avec l'OMS, a recensé 418 suicides et 927 tentatives entre 2019 et 2021, des chiffres sans doute très en dessous de la réalité. L'OMS estime le taux de suicide du pays à 23 pour 100 000 habitants par an, un niveau élevé. En septembre dernier, le Programme national de santé mentale a annoncé la création d'un observatoire du suicide pour mieux comprendre le phénomène.
Pour les forces de l'ordre, il n'existe pas, à notre connaissance, de dispositif d'accompagnement psychologique systématique et connu de tous. C'est là qu'il faut agir : des psychologues dans les directions régionales, un suivi après les interventions difficiles, une écoute confidentielle sans risque pour la carrière, et une vigilance particulière sur l'accès aux armes en cas de détresse signalée.
Parler peut sauver
Le geste de l'ami de Gnahoré Hermann Martial, qui a tout lâché pour courir auprès de lui, rappelle une chose essentielle : quand un proche exprime des idées de mort, il faut le prendre au sérieux, rester avec lui et chercher de l'aide sans attendre.
Si vous traversez une période difficile ou si vous pensez au suicide, vous n'êtes pas seul. En Côte d'Ivoire, la ligne verte du Programme national de santé mentale, le 143, offre une écoute gratuite. En cas d'urgence, appelez la police secours (110, 111 ou 170) ou le SAMU (185), ou rendez-vous au centre de santé le plus proche. Parler à un proche, à un médecin ou à un responsable religieux est aussi un premier pas.









