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Park Jin Hyok, le hacker nord-coréen que le FBI ne pourra sans doute jamais arrêter

Sony Pictures, la Banque centrale du Bangladesh, WannaCry… Depuis 2018, le FBI accuse Park Jin Hyok d'avoir participé à certaines des cyberattaques les plus coûteuses de l'histoire. Son avis de recherche vient d'être réactualisé, juste après le casse de plus de 6 milliards de dollars attribué à la Corée du Nord contre Binance. Mais entre les faits établis et les publications virales, il faut faire le tri.

JGJunior Gnapié3 novembre 2026⏱ 3 min de lectureLu 4 foisTech & Numérique
Park Jin Hyok, le hacker nord-coréen
📷 Illustration : Park Jin Hyok, le hacker nord-coréen © Abidjan4all
Son visage circule à nouveau sur tous les réseaux sociaux. Un homme au visage rond, en chemise, sur fond d'affiche « Wanted » du FBI. Park Jin Hyok n'est pas un nouveau venu. La police fédérale américaine le recherche depuis 2018. Mais le FBI vient de diffuser une version mise à jour de son avis de recherche, quelques jours après avoir attribué à la Corée du Nord un vol de plus de 6 milliards de dollars en cryptomonnaies sur la plateforme Binance. De quoi relancer la légende du « hacker le plus dangereux du monde ».

Ce que la justice américaine lui reproche

Les faits établis sont déjà vertigineux. En septembre 2018, le département américain de la Justice a rendu publique une inculpation contre Park Jin Hyok. Il y est présenté comme un programmeur au service de l'État nord-coréen, membre d'une équipe de pirates connue sous le nom de Lazarus Group, travaillant pour une société écran, Chosun Expo.

Trois dossiers forment le cœur de l'accusation. En 2014, le piratage de Sony Pictures, en représailles à la sortie d'une comédie moquant Kim Jong-un : courriels de dirigeants, données d'employés et films inédits ont été jetés sur Internet. En 2016, le casse de la Banque centrale du Bangladesh : les pirates ont tenté de détourner près d'un milliard de dollars via le réseau bancaire Swift et ont réussi à en voler 81 millions. En 2017, enfin, le rançongiciel WannaCry, qui a infecté plus de 300 000 ordinateurs dans 150 pays, paralysant notamment une partie des hôpitaux britanniques et des usines automobiles, dont celles de Renault.

En 2021, une nouvelle inculpation l'a visé avec deux autres agents nord-coréens, pour un vaste projet de vols de cryptomonnaies et d'extorsion portant sur plus de 1,3 milliard de dollars.

Binance : le lien n'est pas établi

C'est ici que les publications virales s'emballent. Beaucoup présentent Park Jin Hyok comme « l'architecte » du vol de Binance. Or le FBI a attribué ce casse à TraderTraitor, l'un des groupes de pirates nord-coréens, sans désigner publiquement de responsable individuel. La mise à jour de l'avis de recherche intervient au même moment, mais elle ne mentionne pas Binance. L'amalgame est tentant. Il n'est, à ce stade, pas démontré.
D'autres détails qui circulent sont tout aussi fragiles, comme ses supposés talents en bengali ou des montants exprimés « en trillions de yens ». Ces éléments n'apparaissent pas dans les documents officiels que nous avons consultés.

Le hacking, une économie de guerre

Le vrai sujet est ailleurs. Selon les rapports successifs des experts de l'ONU et du gouvernement américain, la Corée du Nord a fait du vol numérique une source majeure de revenus. Bybit en 2025, Binance en 2026 : des milliards de dollars siphonnés auprès de plateformes de cryptomonnaies, puis blanchis via des services d'échange. Washington affirme que ces sommes servent à financer les programmes nucléaires et balistiques du régime, pour contourner les sanctions qui l'asphyxient.

Pour un pays pauvre et isolé, le calcul est redoutable. Quelques centaines d'informaticiens bien formés rapportent davantage que bien des exportations. Et le risque est quasi nul : aucun de ces pirates ne risque d'être livré à la justice américaine.

Pourquoi il ne sera sans doute jamais arrêté

Park Jin Hyok vit, selon le FBI, en Corée du Nord. Pyongyang n'extrade pas ses agents. L'avis de recherche sert surtout à l'empêcher de voyager, à geler ses avoirs et à rappeler au monde le visage de cette cybercriminalité d'État.

La leçon vaut aussi pour l'Afrique. Banques, opérateurs de mobile money, administrations : nos systèmes sont de plus en plus connectés, et pas toujours protégés à la hauteur. Le casse du Bangladesh visait une banque centrale d'un pays en développement. Rien ne dit que la prochaine ne sera pas africaine. Face à des pirates financés par un État, la cybersécurité n'est plus une option technique. C'est une question de souveraineté.

JGJunior Gnapié — Rédaction Abidjan4AllJournaliste · Tech & Numérique
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