Face à l'opposition inflexible de Donald Trump, le Royaume-Uni se dit prêt à renégocier l'accord conclu l'an dernier sur la restitution à Maurice de l'archipel des Chagos, dans l'océan Indien, où se trouve une base militaire stratégique américano-britannique, rapporte l'AFP, relayée par Boursorama.
Un accord suspendu depuis avril
Signé en mai 2025 par Londres après plusieurs années de négociations et un demi-siècle de litige, l'accord de restitution a été suspendu en avril 2026 après avoir été dénoncé par le président américain. Mardi, lors de sa première rencontre avec le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU à New York, Donald Trump a de nouveau qualifié l'accord de « terrible ». « Ils ont tout d'un coup dit qu'ils avaient la propriété, alors que personne ne l'avait jamais revendiquée avant, après des décennies et des siècles. Je trouve ça ridicule », a-t-il déclaré, cité par l'AFP.
Andy Burnham a de son côté affirmé qu'il fallait « trouver un compromis entre les différentes parties », ajoutant : « Nous travaillons dur pour y parvenir. » Interrogé sur la BBC, le ministre britannique de la Défense, Wes Streeting, a reconnu que « l'accord, dans sa forme actuelle, ne peut pas aller de l'avant sans le soutien des États-Unis ». Ni lui ni le chef du gouvernement n'ont toutefois évoqué de nouvelle date pour relancer les discussions.
Une base au cœur des tensions américano-britanniques
L'accord prévoyait que le Royaume-Uni conserve un bail de 99 ans sur l'île de Diego Garcia afin de continuer à exploiter la base militaire qui s'y trouve, moyennant un paiement annuel de 101 millions de livres, environ 120 millions d'euros, à Maurice. Cette base a servi lors des deux guerres américaines en Irak, ainsi que pour des attaques contre les rebelles houthis au Yémen, précise l'AFP.
Donald Trump avait initialement approuvé l'accord, avant un revirement début 2026, le qualifiant sur son réseau Truth Social de « grande stupidité », alors qu'il affrontait l'opposition de plusieurs pays européens, dont le Royaume-Uni, à son projet d'acquisition du Groenland. Selon un expert du centre de réflexion British Foreign Policy Group, Jack Pannell, cité par l'AFP, le dossier n'est toutefois pas prioritaire pour Andy Burnham, qui chercherait avant tout à éviter qu'il ne devienne un « boulet » pour d'autres priorités internationales, comme la régulation de l'intelligence artificielle ou l'Ukraine.
Un contentieux né à l'indépendance de Maurice
Londres a conservé le contrôle des Chagos après l'indépendance de Maurice en 1968. Entre cette date et 1973, le Royaume-Uni a expulsé 2 000 Chagossiens de l'archipel pour y installer la base de Diego Garcia. L'accord de restitution, porté par le gouvernement travailliste précédent de Keir Starmer, visait notamment à se conformer à un avis de la Cour internationale de justice et à une résolution non contraignante de l'ONU de 2019 demandant à Londres de mettre fin à son administration sur l'archipel - une position que le gouvernement actuel « ne semble pas tout à fait partager », selon Richard Ekins, du cercle de réflexion Policy Exchange, cité par l'AFP.







