Un élu iranien affirme que les bateaux chinois passent sans encombre par le détroit d'Ormuz, que Téhéran a fermé au début de la guerre et que Washington bloque de son côté à la sortie des ports iraniens. Si elle se confirme, l'information dit beaucoup de la manière dont la Chine, grande puissance importatrice d'énergie, tente de préserver ses approvisionnements sans se brouiller avec personne.
Ce qu'a dit le parlementaire iranien
Le mardi 3 novembre 2026, Amir Hayat Moqaddam, vice-président de la commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du Parlement iranien, a déclaré à l'agence ISNA que l'Iran avait exempté de ses restrictions les navires venant d'Inde, de Chine, d'Irak et du Qatar. Selon lui, ces bâtiments « passent librement » et ne sont pas interceptés par les États-Unis. Il s'agit de déclarations d'un responsable iranien, qu'aucune source indépendante n'a confirmées à ce stade.
L'élu a aussi évoqué des contreparties. L'Inde fournirait des médicaments, qu'elle produit en grande quantité et que l'Iran ne peut pas fabriquer lui-même. La Chine apporterait un soutien politique. Le Qatar, qui joue les médiateurs entre Washington et Téhéran, offrirait son appui diplomatique. Des droits de passage seraient perçus sur les navires indiens et chinois, mais pas sur les qataris. Il n'a pas précisé si les bateaux irakiens devraient payer.
Un détroit par où transite un cinquième du pétrole mondial
Le détroit d'Ormuz concentre une part considérable de l'énergie mondiale. En octobre, environ 10,23 millions de barils de brut du Golfe y ont transité chaque jour, d'après les chiffres de la société d'analyse Kpler cités par Al Jazeera. Près de 42 % de ces flux étaient destinés à la Chine et environ 13 % à l'Inde.
La Chine est aussi, de loin, le premier client du pétrole iranien : selon l'analyste Wolfgang Pusztai, elle absorbe près de 90 % des exportations de brut de l'Iran. L'AFP rappelle qu'avant la guerre, plus de 80 % de ces exportations partaient vers la Chine, et que plus de la moitié du brut importé par voie maritime par Pékin en 2025 venait du Moyen-Orient, en grande partie via Ormuz.
Ce passage privilégié n'est pas nouveau. Dès le mois de mai, l'AFP rapportait que les forces navales iraniennes avaient autorisé plusieurs navires chinois à franchir le détroit, les Gardiens de la révolution invoquant les « relations étroites » et le « partenariat stratégique » entre les deux pays. La télévision d'État iranienne parlait alors de plus de trente navires autorisés, sans préciser qu'ils étaient tous chinois.
Un blocus américain qui complique l'équation
La guerre déclenchée contre l'Iran par les États-Unis et Israël le 28 février 2026 a poussé Téhéran à fermer de fait le détroit dans les premières semaines. En juillet, Washington a rétabli un blocus naval des ports du sud de l'Iran. Le Commandement central américain affirme qu'il concerne « tous les navires de toutes les nations » entrant dans les zones côtières iraniennes ou en sortant. Les bateaux qui évitent les ports iraniens ne sont pas visés, et les cargaisons humanitaires peuvent passer après inspection.
Les analystes cités par Al Jazeera restent prudents. Pour l'un d'eux, la grande question est de savoir si le dispositif fonctionne réellement. Wolfgang Pusztai relève que si Washington l'acceptait, il deviendrait plus difficile de maintenir le blocus, et il note qu'on ignore si « navires de ces pays » désigne le pavillon, le propriétaire ou l'exploitant. Un autre analyste estime que la Chine est la mieux placée pour défier les intérêts américains, mais qu'elle doit en peser le coût politique. Sur les marchés, un stratège du courtier IG Group juge que ces exemptions n'ont qu'un effet limité à ce stade, les investisseurs misant déjà sur un possible accord de paix.
Pékin affiche une ligne de médiation
Côté chinois, le discours est celui de l'apaisement. Le mercredi 4 novembre, la porte-parole de la diplomatie, Mao Ning, a déclaré que la Chine utilisait ses canaux diplomatiques pour empêcher une reprise des combats, qu'elle présente comme « une priorité absolue ». Le 2 novembre, Xi Jinping a reçu le sultan d'Oman, médiateur dans le conflit, et le ministre des Affaires étrangères Wang Yi s'est entretenu séparément avec des responsables iraniens et saoudiens.
Les négociations conduites par le Qatar portent sur une proposition iranienne : rouvrir le détroit si les États-Unis remplissent sept conditions, dont la levée du blocus et des sanctions. Washington n'a pas, à ce jour, accepté ce cadre. Sur le terrain, le risque demeure : plus de 120 navires commerciaux ont été touchés dans la région depuis le début de la guerre, et octobre a été le pire mois selon l'Organisation maritime internationale et l'UKMTO. Le 30 octobre, un méthanier qatari a été frappé par des « objets non identifiés ».
Ce que cela change pour l'Afrique
La crise d'Ormuz n'est pas qu'une affaire moyen-orientale. Tout ce qui tend ou détend le marché du pétrole et du transport maritime finit par peser sur les pays africains importateurs de produits raffinés, sur leurs factures d'énergie et sur le coût des marchandises. Un accord qui rouvrirait durablement le détroit serait donc suivi de près bien au-delà du Golfe. En attendant, la réalité des exemptions annoncées par Téhéran reste à établir, et c'est la réaction de Washington qui dira si elles tiennent.









