Le verdict est tombé dans un tribunal en plein air, à Mombasa. Vendredi 6 novembre, la juge Diana Kavedza Mochache, de la Haute Cour, a condamné Paul Mackenzie à 200 ans de prison. Le prédicateur, fondateur de la Good News International Church, avait été reconnu coupable le 19 octobre du meurtre de 191 personnes, dont 190 enfants, dans la forêt de Shakahola, sur la côte kényane.
La peine se décompose en deux condamnations de cent ans : la première pour les 183 personnes mortes de faim, la seconde pour huit autres victimes tuées directement. Selon les comptes rendus d'audience, le parquet réclamait la peine de mort ; la juge l'a écartée, notamment pour éviter que ses fidèles ne fassent de lui un martyr. Ses 28 coaccusés ont été condamnés à des peines allant de 10 à 160 ans. « Paul Mackenzie porte la principale responsabilité pénale », a souligné la juge.
L'horreur de Shakahola
Le drame éclate en avril 2023. La police découvre dans la forêt de Shakahola des fosses communes et des fidèles décharnés. Au fil des exhumations, plus de 400 corps seront retrouvés. Beaucoup sont des enfants. Certains sont morts de faim, d'autres étranglés, battus ou étouffés, selon les autopsies.
Le mécanisme est d'une cruauté glaçante. Mackenzie prêchait que la fin du monde était proche et que le jeûne jusqu'à la mort était la voie pour rencontrer Jésus avant l'apocalypse. Selon l'accusation, il voulait que les enfants meurent en premier, puis les femmes, puis les hommes. Les fidèles avaient vendu leurs biens et coupé les liens avec leurs familles pour le suivre dans la forêt. Il reste en outre poursuivi pour la mort de 52 personnes dans le village de Kwa Binzaro, ce qu'il nie.
Un homme déjà connu de la justice
Ce qui rend l'affaire encore plus révoltante, c'est que Paul Mackenzie n'était pas un inconnu des autorités. Il avait été arrêté à plusieurs reprises les années précédentes, notamment pour des faits liés à la mort d'enfants et à son discours extrémiste, avant d'être relâché sous caution. Des signalements avaient été faits. Une commission d'enquête du Sénat kényan a ensuite pointé les défaillances de la police et de la justice, qui n'ont pas su empêcher le massacre.
Une question pour toute l'Afrique
Shakahola n'est pas qu'une affaire kényane. Sur tout le continent, les églises indépendantes et les ministères autoproclamés se multiplient, souvent sans le moindre contrôle. La grande majorité sont des communautés paisibles. Mais certaines dérives sont connues : guérisons miraculeuses facturées, interdiction de soins médicaux, exploitation financière des fidèles, emprise psychologique.
En Côte d'Ivoire comme ailleurs, la liberté de culte est un droit fondamental et doit le rester. Mais la liberté religieuse ne protège pas le crime. Le Kenya a d'ailleurs ouvert après Shakahola un débat sur l'enregistrement et la surveillance des organisations religieuses. La question mérite d'être posée partout : qui vérifie qui ouvre une église, qui la finance, et ce qui y est enseigné quand des vies sont en jeu ?
Notre regard
La peine prononcée est symboliquement à la hauteur de l'horreur. Elle ne ramènera aucune des victimes. La vraie leçon de Shakahola est ailleurs : ce massacre aurait pu être évité si les alertes avaient été prises au sérieux. Les familles qui ont perdu un enfant ou un parent dans cette forêt attendent maintenant que l'État kényan réponde aussi de ses défaillances. Et que plus jamais un prédicateur déjà signalé ne puisse emmener des centaines de personnes mourir en silence.









