Paris : la fin de cortège vire à l'émeute porte de Charenton, un gendarme touché par un cocktail Molotov
Pour son troisième samedi consécutif, la mobilisation contre la vie chère et pour l'école a encore rassemblé des dizaines de milliers de personnes à Paris. Mais à la dispersion, porte de Charenton, un noyau de plusieurs centaines de casseurs a attaqué les forces de l'ordre à coups de pavés, de mortiers et d'engins incendiaires. Un gendarme mobile a été atteint par un cocktail Molotov.
Jusqu'à 16 heures, la journée ressemblait aux deux précédentes. Parti peu après 14h30 de la porte de Bagnolet, le cortège parisien a descendu les boulevards des Maréchaux, sur le parcours imposé par la préfecture de police. Lycéens, étudiants, syndicalistes de la CGT, gilets jaunes revenus dans la rue : la foule était nombreuse et plutôt calme. Puis, vers 16h30, au moment de la dispersion porte de Charenton, dans le 12e arrondissement, tout a basculé.
Selon les journalistes de l'AFP présents sur place, des dizaines d'individus masqués et vêtus de noir ont descellé des pavés au marteau pour les jeter sur les policiers. Des mortiers d'artifice ont été tirés. Puis des engins incendiaires ont été lancés sur les forces de l'ordre. D'après le site Actu17, les vêtements de plusieurs agents ont pris feu. Franceinfo rapporte qu'un gendarme mobile a été directement touché par un cocktail Molotov. Son état de santé n'avait pas été précisé en début de soirée.
La préfecture de police a décrit « un noyau dur de plusieurs centaines d'émeutiers ». Les forces de l'ordre ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogène et plusieurs charges, un canon à eau étant positionné à proximité. Le reste du cortège s'est dispersé sans difficulté, selon la préfecture. À 21 heures, le ministère de l'Intérieur annonçait 565 interpellations dans toute la France.
Une colère qui ne retombe pas
Cette journée était la troisième d'un mouvement lancé les samedis 17 et 24 octobre. Au départ, il y a la vie chère et la situation de l'école. Les syndicats étudiants et lycéens (Union étudiante, Fage, Unef, Union syndicale lycéenne) ont été rejoints par une partie de l'intersyndicale et par la coordination des gilets jaunes, qui parlait d'un « acte III ». Le gouvernement a pourtant multiplié les annonces : remplacement de Parcoursup, 15 000 places supplémentaires dans le supérieur, classes de seconde plafonnées à 28 élèves. Le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, a même reconnu que l'exécutif « aurait dû être plus rapide ». Rien n'y a fait.
Les chiffres montrent un léger essoufflement. Le ministère de l'Intérieur a compté 320 000 manifestants en France, dont 70 000 à Paris, contre 410 000 et 110 000 le 24 octobre. Les organisateurs revendiquent près d'un demi-million de personnes, dont 200 000 dans la capitale. Pour encadrer la journée, Laurent Nuñez avait mobilisé environ 70 000 policiers et gendarmes et jugé le risque de violence « très élevé ». Un couvre-feu a même été instauré de 23 heures à 6 heures, jusqu'au 2 novembre, autour de République et des Halles.
Les casseurs, meilleurs alliés du pouvoir
On peut le dire sans détour : les émeutiers de la porte de Charenton ont rendu un très mauvais service à ceux qu'ils prétendent soutenir. Des centaines de milliers de personnes manifestaient pour leur pouvoir d'achat et pour l'école de leurs enfants. Ce soir, les images qui tournent en boucle sont celles d'un gendarme en flammes et de pavés arrachés. Le syndicat Alliance Police nationale parle d'« une violence aveugle, déchaînée, qui peut tuer », et il a raison sur ce point.
Ces violences offrent au gouvernement l'occasion de déplacer le débat, de la vie chère vers l'ordre public. Elles justifient les interdictions de parcours, les couvre-feux et les dispositifs massifs. Elles éclipsent aussi une autre réalité : plus de 1 100 membres des forces de l'ordre blessés depuis la mi-septembre, mais aussi des étudiants blessés dans les cortèges, auxquels Emmanuel Macron lui-même a apporté son soutien cette semaine.
La diaspora en première ligne de la vie chère
Pour beaucoup d'Africains de Paris et d'Île-de-France, ce mouvement n'a rien d'abstrait. Loyers, courses, transports : la vie chère pèse d'abord sur les ménages modestes, dont de nombreuses familles de la diaspora. Nombre de jeunes d'origine africaine étaient dans les cortèges ce samedi, pour leurs études ou leur avenir. Mais ce sont aussi eux qui risquent d'être assimilés aux casseurs dans les discours qui suivront, ou pris dans les contrôles d'un couvre-feu.
La suite dépendra des syndicats. L'intersyndicale doit décider des prochaines dates et entend contester le couvre-feu devant la justice administrative. Une chose est sûre : si la colère sociale veut être entendue, elle devra se protéger elle-même de ceux qui la confisquent à la fin de chaque cortège.