Vincent Brown, 65 ans, autrefois connu sous le nom de Vincent Bajinya, a été inculpé lundi 21 septembre par la justice britannique pour sa participation présumée au génocide des Tutsi survenu au Rwanda en 1994. Il s'agit, selon la police et le parquet britanniques, de la toute première inculpation prononcée au Royaume-Uni pour des faits liés à ce génocide, rapportent l'agence belge Belga et l'AFP.
Originaire de Kigali et installé à Londres, cet homme a été arrêté au terme d'une enquête de sept ans, ouverte à la suite d'une demande officielle des autorités rwandaises. Il est poursuivi pour un chef d'accusation de participation au génocide et six chefs de crimes contre l'humanité.
« « Il est soupçonné d'avoir dirigé et incité à commettre des actes de meurtre et de génocide perpétrés par d'autres personnes », a déclaré le procureur britannique Frank Ferguson dans un communiqué relayé par l'agence Belga. »
— procureur britannique Frank Ferguson
Une extradition refusée en 2015
Vincent Brown, qui a changé de nom et obtenu la nationalité britannique, n'en était pas à sa première arrestation. Il avait déjà été appréhendé en 2006, puis en 2013 avec quatre autres hommes, à la demande de Kigali. En 2015, un tribunal londonien avait refusé leur extradition vers le Rwanda, une décision confirmée en 2017 par la Haute Cour britannique, qui avait estimé qu'il existait un risque que les intéressés ne bénéficient pas d'un procès équitable sur place.
Le Royaume-Uni a longtemps figuré parmi les rares pays européens à n'avoir ni inculpé officiellement de résidents soupçonnés de génocide contre les Tutsi, ni procédé à des extraditions vers Kigali, un point de friction persistant entre les deux pays, selon l'agence panafricaine AllAfrica. Vincent Brown devait comparaître dès le lendemain devant le tribunal de Westminster, à Londres.
« Le crime de génocide est imprescriptible »
Pour Philibert Gakwenzire, président de l'association de survivants Ibuka, l'inculpation suscite un sentiment mitigé. Trente-deux ans après les faits, elle illustre selon lui la lenteur de la justice, mais aussi sa permanence.
« « Le crime de génocide est imprescriptible » et « tout État est appelé à faire respecter ce principe », a-t-il affirmé, cité par AllAfrica. »
Du côté de l'accusation rwandaise, le porte-parole du bureau du procureur, Faustin Nkusi, a salué une « avancée importante », en espérant que des mesures similaires soient prises dans les quatre affaires encore en suspens. Le Rwanda a en effet signalé depuis plusieurs années au Royaume-Uni que cinq hommes soupçonnés d'avoir participé au génocide, dont Vincent Brown, se trouvaient sur le territoire britannique. Selon un communiqué cité par AllAfrica, la commandante de la police antiterroriste de Londres a assuré que plusieurs autres enquêtes étaient toujours en cours.
Le génocide des Tutsi au Rwanda a fait plus de 800 000 morts au printemps 1994, selon les Nations unies, essentiellement au sein de la minorité tutsi, après la mort du président Juvénal Habyarimana dans un attentat contre son avion. Trois décennies plus tard, la justice de plusieurs pays européens continue, au compte-gouttes, de juger des suspects réfugiés loin de Kigali.
Pour la diaspora rwandaise installée au Royaume-Uni comme ailleurs en Europe, cette première inculpation londonienne est scrutée de près. Elle intervient alors que Kigali maintient une pression diplomatique constante sur les capitales occidentales accusées, pendant des années, d'avoir servi de refuge à des suspects que la justice rwandaise elle-même ne pouvait juger dans des conditions jugées équitables par les tribunaux européens saisis du dossier.







