Le sommet a été précédé, du 12 au 17 juillet, par une série de réunions statutaires au Centre international de conférences de Bintumani : Comité de l'administration et des finances, Conseil de médiation et de sécurité au niveau ministériel, et Conseil des ministres. Un travail préparatoire dense, à la mesure des enjeux qui attendent les chefs d'État dimanche.
Une double transition à négocier
Officiellement, Freetown doit surtout procéder au renouvellement des instances dirigeantes de l'organisation. Le mandat de Julius Maada Bio à la présidence tournante arrive à échéance, et tous les regards convergent vers Dakar : le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, arrivé en Sierra Leone samedi, fait figure de favori naturel pour lui succéder à la tête politique de la Conférence. Le Sénégal a par ailleurs proposé le général Birame Diop, ancien ministre des Forces armées, pour diriger la Commission de la CEDEAO sur le mandat 2026-2030, en remplacement du Gambien Omar Alieu Touray. Si cette double ambition se concrétise, Dakar occuperait simultanément la présidence politique et la tête exécutive de l'organisation — une configuration inédite dans l'histoire de la CEDEAO. Mais au-delà du protocole, c'est bien l'avenir même de l'organisation régionale qui se joue à Freetown. Trois dossiers structurent les discussions : la sécurité dans un Sahel devenu largement incontrôlable pour la CEDEAO, la redéfinition de ses relations avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, et les modalités de son financement et de son fonctionnement pour les cinq prochaines années.
L'ombre persistante de la rupture avec l'AES
Le retrait officiel du Mali, du Burkina Faso et du Niger — regroupés depuis au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES) — continue de peser sur l'organisation, deux ans après les premières sanctions imposées à la suite des coups d'État militaires survenus dans ces pays. Cette fracture a interrogé en profondeur la capacité de la CEDEAO à demeurer un acteur central de la stabilité régionale, alors même que la progression des groupes armés jihadistes dans la bande sahélienne s'accélère et déborde de plus en plus sur les pays côtiers. Le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, dont le pays entretient des relations avec les deux blocs, doit également prendre part aux travaux. Selon plusieurs sources diplomatiques, les discussions devraient porter sur les moyens de renforcer le rôle de la CEDEAO et de restaurer sa présence régionale, ainsi que sur la réponse collective à apporter à la criminalité organisée et à la prolifération des groupes armés en Afrique de l'Ouest. Pour une organisation fondée en 1975 et aujourd'hui amputée de trois de ses membres historiques, ce sommet de Freetown ne sera donc pas qu'un simple passage de témoin institutionnel : il doit poser les bases d'une CEDEAO capable de se réinventer, ou risquer de voir son influence continuer de s'éroder face à la dynamique portée par l'Alliance des États du Sahel.







