PolitiqueCôte d'Ivoire

Libération provisoire du cyberactiviste Ibrahim Zigui : un geste de décrispation politique à quelques mois des législatives

Abidjan — Le pôle pénitentiaire d'Abidjan, l'ancienne Maca, a un visage de moins depuis le 6 juillet. Ce jour-là, la Cour d'appel d'Abidjan a ordonné la mise en liberté provisoire d'Ibrahim Zigui, jeune cyberactiviste proche du Parti des peuples africains-Côte d'Ivoire (PPA-CI), le parti de l'ancien président Laurent Gbagbo. L'annonce a été faite par son avocat, Me Ange Rodrigue Dadjé, qui a dit sa gratitude aux autorités « pour leur clémence ».

JGJunior Gnapié18 juillet 20262 min de lecturePolitique
Ibrahim-Zigui
📷 Illustration : Ibrahim-Zigui

L'homme, connu sur les réseaux sociaux sous son vrai nom Mamadou Zigui, cumulait plusieurs centaines de milliers d'abonnés sur TikTok et Facebook au moment de son interpellation, le 1er septembre 2025 à Abidjan. Il lui était reproché d'avoir diffusé une vidéo appelant la population, en particulier les jeunes, à se mobiliser le jour où le Conseil constitutionnel devait publier la liste définitive des candidats à la présidentielle d'octobre 2025 — un scrutin marqué par l'exclusion de plusieurs figures de l'opposition, dont Laurent Gbagbo lui-même.

Une condamnation sévère, puis une inflexion judiciaire

Le 18 mai 2026, au terme de huit mois de détention, le tribunal criminel avait prononcé une peine particulièrement lourde à son encontre : cinq ans de prison ferme et 20 millions de FCFA d'amende, pour « provocation à l'insurrection » et « troubles à l'ordre public ». Cette sévérité tranchait avec la démarche de conciliation qu'avait entreprise le militant quelques semaines plus tôt : dès le 1er mars 2026, depuis sa cellule, il avait adressé des excuses publiques écrites à Chantal Nanaba Camara, présidente du Conseil constitutionnel, sans que ce geste suffise à infléchir le verdict. C'est finalement la pression cumulée — mobilisation en ligne des sympathisants du PPA-CI, pétitions, et surtout intervention publique de Laurent Gbagbo lui-même, qui avait nommément réclamé sa libération lors d'un meeting le 16 mai 2026 — qui semble avoir pesé sur la décision de la Cour d'appel. Celle-ci a suspendu l'incarcération dans l'attente du procès en appel, sans pour autant annuler la condamnation prononcée en première instance.

Un dossier qui dépasse le cas individuel

Au-delà de la trajectoire personnelle du militant, cette affaire a cristallisé, ces derniers mois, un débat plus large sur l'exercice de la liberté d'expression en ligne en Côte d'Ivoire, dans un contexte préélectoral marqué par plusieurs arrestations de militants politiques et par des tensions autour de la recevabilité de certaines candidatures à la présidentielle. Plusieurs organisations de défense de la liberté de la presse et de la parole numérique en Afrique de l'Ouest avaient suivi le dossier depuis l'interpellation de M. Zigui. Sa remise en liberté intervient dans un climat politique où le pouvoir semble vouloir donner des gages d'apaisement : le même mois, l'ancien ministre de la Défense Lida Kouassi Moïse, également détenu pour des faits similaires, a lui aussi été libéré. Ces décisions coïncident avec la rentrée politique des partis, RHDP en tête, qui multiplient depuis la mi-juillet les meetings de terrain dans la perspective des prochaines échéances locales. Il reste que la libération de M. Zigui demeure provisoire : la procédure d'appel suit son cours, et l'issue finale du dossier — confirmation, réduction ou annulation de la peine — sera scrutée de près, tant par ses soutiens que par les autorités, comme un indicateur de la manière dont la justice ivoirienne entend concilier, à l'avenir, sécurité informationnelle et garanties données à la liberté d'expression sur les réseaux sociaux.

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