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Yémen : qui a frappé le marché près de Bab el-Mandeb ?

Une double frappe a visé, le 21 septembre, une aire de repos très fréquentée du gouvernorat de Lahj, au Yémen. Rebelles houthistes et gouvernement reconnu se rejettent la responsabilité de l'attaque. L'analyse des vidéos disponibles et des témoignages recueillis par France 24 permet d'y voir plus clair.

MBMadouce Boniking27 septembre 2026⏱ 3 min de lectureLu 3 foisActualité
Yémen, qui a frappé le marché près de Bab el-Mandeb
📷 Illustration : Yémen : qui a frappé le marché près de Bab el-Mandeb ? © News inbox.eu
Deux frappes, deux versions. Le 21 septembre, une station-service doublée d'une aire de repos, à al-Hajaf, dans le gouvernorat de Lahj, au Yémen, a été touchée par deux tirs à une heure d'intervalle. La zone, sous contrôle des forces progouvernementales soutenues par l'Arabie saoudite, se situe à une vingtaine de kilomètres de Bab el-Mandeb, le détroit stratégique dont les rives sont en partie tenues par les rebelles houthistes, alliés de l'Iran.
Selon leur agence de presse Sabaa, les Houthis ont dénoncé une frappe de l'aviation saoudienne sur un « marché populaire » du district de Dhubab, dans le gouvernorat de Taïz. Une localisation que l'équipe des Observateurs de France 24 relève comme distincte du lieu réel de la frappe, situé à une cinquantaine de kilomètres de là. Le communiqué houthi a ensuite été repris par plusieurs médias proches du mouvement, dont la chaîne libanaise al-Manar, liée au Hezbollah. De son côté, le ministère yéménite des Droits de l'homme, qui dépend du gouvernement internationalement reconnu, attribue les frappes aux rebelles houthistes, évoquant plusieurs blessés civils sans en préciser le nombre.

Ce que montrent les images

Une géolocalisation fournie par l'analyste yéméno-américain Mohammed al-Basha, et relayée par France 24, situe l'attaque à al-Hajaf, dans le gouvernorat de Lahj, ce qui correspond à la version du gouvernement plutôt qu'à celle des Houthis. Des vidéos de vidéosurveillance obtenues par cet analyste montrent deux frappes distinctes, à une heure d'écart, sur cette même aire de repos.
Interrogés par France 24, deux experts en armement et en balistique, Frederik Coghe, de l'Académie royale militaire de Bruxelles, et un second resté anonyme, estiment, à partir de l'analyse des images, que les munitions employées ne correspondent pas à une frappe aérienne classique. Selon eux, la finesse des projectiles et l'absence de cratère important suggèrent plutôt un missile ou une roquette tirée depuis le sol, et non une bombe larguée par un avion saoudien.

« « Un État ne gaspillerait pas une bombe guidée coûteuse sur un tel objectif. Ce serait absurde. » »

C'est l'avis de l'un des deux experts en balistique interrogés par France 24, qui a requis l'anonymat. Sur place, le journaliste yéménite Fethi Ben Lazrq, basé à Aden et à l'origine de la première vidéo diffusée, n'a « pas de doute » : pour lui, cette aire de repos très fréquentée, proche du front, était devenue « une cible pour les Houthis », même si elle abritait aussi bien des civils que des combattants gouvernementaux venus y faire leurs courses.

Un doute qui subsiste

Les analyses d'experts recueillies par France 24 fragilisent donc l'accusation portée par les Houthis contre l'aviation saoudienne, sans pour autant établir avec certitude l'origine exacte des tirs. Le média britannique Middle East Eye, de son côté, a relayé sans les vérifier les images diffusées par les Houthis eux-mêmes. Au-delà du décompte des responsabilités, cet épisode illustre une réalité plus large : le conflit yéménite se joue aussi sur le terrain de l'information, où chaque camp cherche à imposer sa version avant que les faits ne soient établis. Et où les abords de Bab el-Mandeb, artère vitale du commerce maritime mondial entre mer Rouge et golfe d'Aden, concentrent une attention hors de proportion avec la taille réelle du théâtre des combats.
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