Cinq jours avant l'échéance, la tension ne redescend pas dans la filière café-cacao. Le Syndicat national des producteurs de café-cacao de Côte d'Ivoire (SYNAP-CI) a adressé un préavis de grève au ministre de l'Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, avec une mobilisation annoncée pour le 16 septembre. Une réunion de concertation, réunissant coordinateurs et délégués, est prévue ce dimanche 13 septembre à 10 heures au bureau régional du syndicat à Daloa.
Des stocks qui ne s'écoulent pas, un prix qui ne passe pas
Sur le terrain, deux difficultés se superposent. D'abord, une partie des producteurs se retrouve encore avec des stocks résiduels de la campagne 2025-2026, faute d'avoir pu les écouler dans de bonnes conditions. Ensuite, le prix bord champ fixé pour la nouvelle campagne, ouverte depuis le 1er septembre à 1 200 FCFA le kilogramme pour le cacao et 1 300 FCFA pour le café, continue d'alimenter le mécontentement. Les planteurs y ajoutent des charges de production jugées trop lourdes et des exigences de traçabilité qu'ils estiment mal accompagnées.
Le SYNAP-CI se présente comme le fer de lance de la contestation, mais assure ne pas agir seul : selon le syndicat, l'ensemble des organisations de producteurs serait engagé dans cette mobilisation. La réunion de Daloa doit permettre, dit-il, « d'harmoniser les positions » avant le jour J, pour que les planteurs parlent d'une seule voix face au gouvernement.
L'interprofession désavoue la grève
En face, l'Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) café-cacao a pris les devants dès le 8 septembre, en appelant les producteurs à rester sourds aux appels à la grève, à la rétention des produits ou au boycott. Par la voix de son porte-parole, Obed Blondé Doua, elle a exhorté les acteurs de la filière à privilégier « le calme, la sérénité et la responsabilité », pour ne pas fragiliser une campagne de commercialisation qui vient à peine de s'ouvrir.
« Une grève ne remplit pas nos greniers. Ne cassons pas ce que nous avons construit ensemble », a insisté l'OIA, qui juge que ce type de mouvement risque de « compromettre la cohésion sociale et l'ordre public ». L'organisation a par ailleurs pris ses distances avec son propre administrateur, Thibault Yoro, qui avait publiquement critiqué le système de vente par anticipation et le mécanisme de commercialisation : selon l'OIA, ces propos n'engagent que lui, et n'ont fait l'objet d'aucune validation de ses instances.
Une tournée d'écoute annoncée, la grève toujours en suspens
Sans renoncer à sa ligne, l'interprofession affiche tout de même une ouverture : elle annonce une tournée d'écoute, d'information et de sensibilisation dans les zones de production, dont le coup d'envoi est prévu le 22 septembre à Divo. Une date qui tombe après celle de la grève annoncée par le SYNAP-CI, ce qui laisse peu de marge pour désamorcer la mobilisation avant le 16 septembre.
Reste que la baisse du prix bord champ, passé de 2 800 FCFA la campagne précédente à 1 200 FCFA cette année selon les chiffres avancés par le gouvernement au moment de l'annonce, continue de structurer tout le débat. Pour l'exécutif, il s'agit d'un « prix de vérité » censé refléter les réalités du marché mondial. Pour une partie des producteurs, c'est une chute brutale de revenus qu'aucune tournée de sensibilisation ne suffira à faire accepter sans réponse concrète. La semaine qui vient dira si le dialogue annoncé par l'interprofession arrive à temps, ou si le 16 septembre marquera le premier vrai test de force de la campagne 2026-2027.







