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Sept mois après le zéro tarif douanier chinois, le cacao ivoirien peine à en profiter

Décrétée par Pékin en février et entrée en vigueur en mai, la suppression des droits de douane chinois sur les produits africains devait ouvrir un marché à la filière cacao ouest-africaine. Les chiffres disponibles à ce jour montrent un déséquilibre commercial qui se creuse plutôt qu'il ne se referme.

KNKoffi NKaka Norbert20 septembre 20263 min de lectureLu 3 foisCacao & Marchés
Cabosses de cacao sur une branche, photo d'illustration
📷 Illustration : Sept mois après le zéro tarif douanier chinois, le cacao ivoirien peine à en profiter
Le 14 février, au sommet de l'Union africaine à Addis-Abeba, le président chinois Xi Jinping avait promis un geste inédit : « À compter du 1er mai 2026, la Chine mettra pleinement en œuvre une mesure de zéro droit de douane à l'égard des 53 pays africains ayant des relations diplomatiques avec elle », une franchise qui « offrira sans aucun doute de nouvelles perspectives au développement de l'Afrique ». Sept mois plus tard, les chiffres disponibles racontent une histoire plus mesurée pour le premier producteur mondial de cacao.

Un cacao presque absent du marché chinois

Le dispositif s'applique à toutes les lignes tarifaires, cacao compris : les droits qui frappaient jusqu'à 22 % les produits transformés (beurre, poudre, liqueur de cacao) et environ 8 % les fèves brutes ont disparu pour les vingt pays qui, comme la Côte d'Ivoire, en bénéficient depuis le 1er mai (les trente-trois pays les moins avancés du continent l'obtenaient déjà depuis décembre 2024). La mesure court jusqu'au 30 avril 2028. Mais la Côte d'Ivoire part de très loin sur ce marché précis : le pays, qui assure près de 40 % de la production mondiale de fèves, n'a exporté que 5,77 millions de dollars de cacao vers la Chine en 2024. Le caoutchouc naturel reste, de très loin, le premier poste d'exportation ivoirienne vers la Chine, avec près de 575 millions de dollars et environ 75 % des ventes, suivi par les minerais.

Un déficit commercial qui se creuse

La balance bilatérale reste défavorable à Abidjan : environ 2,5 milliards de dollars de déficit, pour des exportations ivoiriennes de l'ordre de 730 à 745 millions de dollars contre 3,26 milliards d'importations chinoises en 2024. À l'échelle du continent, le constat est similaire. Sur les deux premiers mois pleins d'application du zéro tarif, en mai et juin 2026, la Chine a importé pour 193,8 milliards de yuans de marchandises africaines, une hausse de 23,5 % sur un an, avec des progressions spectaculaires sur certains produits agricoles : les avocats bondissent de 130 %, les pommes de 89,6 %, les oranges de 27,9 %. Zhang Xiaohui, responsable des affaires internationales à l'Administration générale des douanes chinoise, a confirmé ces chiffres lors d'un point presse à Pékin le 19 août : « L'Administration générale des douanes de Chine met sérieusement en œuvre les mesures de zéro droit de douane sur l'ensemble des lignes tarifaires au bénéfice des 53 pays africains ayant des relations diplomatiques avec la Chine. » Le Nigeria, voisin direct de la Côte d'Ivoire dans la ceinture cacaoyère ouest-africaine, a vu ses exportations vers la Chine grimper de plus de 40 % sur la même période.

« Le zéro tarif seul ne garantit pas le succès »

Ces gains sectoriels ne referment pas l'écart global. Le commerce Chine-Afrique a atteint un record de 348 milliards de dollars en 2025, en hausse de 17,7 %, mais très déséquilibré : 225 milliards de ventes chinoises vers l'Afrique contre 123 milliards d'achats, un déficit de 102 milliards en hausse de 64,5 % sur un an. Entre 87 et 91 % des exportations africaines vers la Chine restent des matières premières, cuivre, bauxite, chrome, manganèse, cobalt, cacao brut, pétrole, contre 94 à 95 % de produits manufacturés dans le sens inverse. Le zéro tarif change les volumes, pas la structure. Un ministre nigérian, Aliyu Sabi Abdullahi, résumait ainsi le débat lors d'un séminaire à Abuja le 14 août :

« Le zéro tarif seul ne garantit pas le succès. La question qui se pose à nous n'est donc pas : le Nigeria peut-il exporter davantage ? La question devrait être : le Nigeria peut-il exporter mieux ? »

Une question qui vaut, mot pour mot, pour le cacao ivoirien.

KNKoffi NKaka Norbert — Rédaction Abidjan4AllJournaliste · Cacao & Marchés
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