Ce vendredi, selon Linfodrome, Simone Ehivet Gbagbo a pris la parole pour la première fois sur la vague de démissions qui frappe le Mouvement des générations capables (MGC) depuis le mois de juin. Une sortie du silence qui intervient alors qu'elle se trouve en France jusqu'au 22 septembre pour installer les représentants européens de son parti. Un déplacement déjà présenté, avant même cette réaction, comme une tentative de redonner un souffle à une formation politique sérieusement écornée.
Une saignée qui dure depuis trois mois
Tout commence à la mi-juillet, quand le professeur Klognimban Dominique Traoré, premier vice-président et porte-parole du MGC, quitte le navire en invoquant des raisons personnelles. Le 24 juillet, ce sont 57 responsables et militants de la coordination régionale d'Abobo 3 qui claquent la porte collectivement, dénonçant "le profond décalage que nous constatons entre les principes affichés et les pratiques observées". Août n'arrange rien : huit membres de cabinet le 10, une vice-présidente de la région des Lagunes le 12, puis une vague dans le Nord le 17 qui emporte cinq coordonnateurs régionaux, quinze coordonnateurs départementaux, trente coordonnateurs fédéraux et une trentaine d'animateurs de base. Le 24 août, Irène Gohourou et Marthe Ago Zadi, deux vice-présidentes, partent à leur tour avec 45 militants d'Abobo 3. Des cadres de la diaspora, aux États-Unis, à Boston, en Europe désertent également. Le journaliste Félix Bony évoquait dès fin août "plusieurs centaines" de départs cumulés ; le chiffre de 107 démissions officiellement recensées circule depuis, mais il date déjà de plusieurs semaines et semble en deçà de la réalité.
L'accusation qui met le feu aux poudres
Sur les réseaux sociaux a circulé une accusation autrement plus grave : celle d'un détournement de 300 millions de FCFA qui aurait dû revenir à Simone Gbagbo elle-même. Quatre anciens vice-présidents démissionnaires, Irène Gohourou, Marthe Ago Zadi, Jean-Claude K. Kouao et Yves Djédjé, ont dû sortir du bois le 8 septembre pour se défendre publiquement.
« "Nous avons, librement et en conscience, décidé d'y mettre fin", ont-ils écrit, avant d'interroger la solidité de l'accusation elle-même : "Les faits allégués sont-ils réels ? Quelle est l'origine exacte de cette somme ?" »
Ce qui frappe, dans ce dossier, c'est le grand écart entre l'ampleur de l'affaire sur les réseaux et le mutisme de la direction. Lors d'une réunion de présidence, Simone Gbagbo avait attribué le départ du professeur Traoré à de simples "raisons de santé", sans un mot sur les 300 millions ni sur les dizaines de départs qui avaient suivi.
Un voyage en France sous très haute pression
C'est dans ce climat que la présidente du MGC s'est envolée pour la France le 18 septembre, officiellement pour installer les représentants de son parti en Europe. Personne, à Abidjan, ne s'y trompe vraiment : à un peu moins d'un an de la présidentielle d'octobre 2025 déjà passée et à l'approche des prochaines échéances électorales, une formation qui perd des cadres à ce rythme s'expose à devenir un parti-coquille. Sa réaction de ce vendredi, si elle se confirme dans le détail, marquerait donc une rupture avec des mois de non-dits. Reste à savoir si elle apportera des réponses aux questions que ses propres vice-présidents ont posées publiquement, ou si elle se limitera, comme lors de la réunion de présidence, à une explication partielle qui laisse le fond du dossier de côté.







