Chaque année, la Congressional Black Caucus Foundation réunit à Washington des milliers de participants pour sa conférence législative annuelle, l'un des grands rendez-vous politiques consacrés aux communautés noires des États-Unis et d'ailleurs. Cette année, du 16 au 20 septembre, trois organisations togolaises y ont vu une occasion à saisir.
Togo Debout USA, le Mouvement Patriotes Togolais et Pyramide Togo ont mené, les 17 et 18 septembre, une mission conjointe de plaidoyer à Washington. Objectif affiché : alerter des élus américains sur la situation démocratique au Togo et sur les préoccupations de sa diaspora. Selon un communiqué diffusé le 18 septembre par Togo Debout USA, la mission était conduite par Claudine Y. Mathey, qui a remis au bureau de la sénatrice de l'Iowa Joni Ernst un courrier sur la situation togolaise, avec copie transmise aux bureaux d'élus de Virginie, du Texas, du Maryland, de l'Illinois, de Géorgie et de l'État de New York.
Un échange tendu avec le ministre Dussey
Le point le plus disputé du communiqué concerne un échange survenu en marge de l'African Diaspora Forum, organisé le 18 septembre dans le cadre de la même conférence. Claudine Y. Mathey affirme y avoir interpellé à deux reprises le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, sur la position du gouvernement togolais face à l'arrêt rendu le 29 janvier par la Cour de justice de la CEDEAO. Le ministre lui aurait répondu qu'il n'était pas venu parler de politique togolaise, mais de diaspora africaine, avant d'évoquer un tout autre sujet : la correction de la carte de l'Afrique. Elle dit lui avoir rappelé que le retour sans menace des membres de la diaspora, le vote depuis l'étranger et le respect des droits humains figurent aussi parmi leurs préoccupations.
Ces échanges, il faut le préciser, ne reposent que sur le récit des organisations togolaises elles-mêmes. Ni le bureau de la sénatrice Ernst ni celui du Congressman Jonathan L. Jackson, également cité dans le communiqué pour avoir demandé un suivi, n'ont confirmé publiquement les faits rapportés.
Ce qui est vérifiable, en revanche, c'est le décor. La conférence s'est bien tenue aux dates indiquées, et l'arrêt de la CEDEAO existe, avec les références citées (ECW/CCJ/APP/15/24 ; ECW/CCJ/JUD/01/26). Son interprétation, elle, continue d'agiter Lomé. Début septembre, un collectif d'organisations panafricaines de défense des droits humains a affirmé publiquement que la décision de la Cour n'annulait ni la Constitution du 6 mai 2024 ni n'ordonnait de transition ou de dialogue national, une mise en garde adressée à ceux qui verraient dans l'arrêt plus que ce qu'il dit réellement.
Un rare canal d'accès aux décideurs
Pour des organisations de la diaspora qui n'ont guère d'accès direct aux autorités à Lomé, une conférence comme celle de Washington reste l'un des rares canaux pour faire remonter leurs préoccupations jusqu'à des parlementaires étrangers. La mission togolaise a par ailleurs profité de son passage dans la capitale américaine pour rencontrer plusieurs ministres, diplomates et représentants d'organisations africaines, notamment issus de la CEDEAO, et partager son analyse des conséquences institutionnelles de l'arrêt contesté ainsi que de la situation des détenus au Togo.
Reste à savoir si cette démarche débouchera sur autre chose qu'un communiqué. À ce jour, aucune suite législative américaine n'a été rapportée, et ni le bureau d'Ernst ni celui de Jackson n'ont réagi publiquement. Un silence qui ne dit rien, en soi, de la suite qui sera donnée à cette démarche.







