Diaspora mauritanienne au Canada : une chambre de commerce pour sortir la relation de l'or
Avec un milliard de dollars canadiens d'échanges annuels composés à 99,9 % d'or brut, la relation économique entre la Mauritanie et le Canada tient sur une seule matière première. La toute nouvelle Chambre Mauritanie Canada de Commerce et d'Industrie, lancée en septembre à Montréal, veut s'appuyer sur les 4 000 Mauritaniens installés au pays pour la diversifier.
JGJunior Gnapié25 septembre 2026⏱ 3 min de lectureLu 3 foisDiaspora
Un milliard de dollars canadiens d'échanges commerciaux par an, une place de cinquième partenaire africain du Canada - et pourtant, une relation économique qui repose presque entièrement sur un seul produit. Selon les données du gouvernement canadien citées par le média panafricain Financial Afrik, les importations canadiennes en provenance de Mauritanie, proches d'un milliard de dollars, sont constituées à 99,9 % d'or brut ou semi-manufacturé. Dans l'autre sens, les exportations canadiennes vers Nouakchott plafonnent à 38,6 millions de dollars, portées par une vingtaine d'entreprises, essentiellement minières.
C'est ce déséquilibre que la Chambre Mauritanie Canada de Commerce et d'Industrie (CMCCI), officiellement lancée en septembre 2026 à Montréal, entend corriger - en misant sur une ressource que ni l'or ni les statistiques douanières ne capturent : les Mauritaniens établis au Canada. Selon l'ambassade de Mauritanie à Ottawa, cette communauté rassemble plus de 4 000 personnes, entre entrepreneurs, cadres, professionnels et jeunes diplômés.
« Un véritable pont économique »
Présidée par Fatimata A. Lam, la Chambre veut transformer ce réseau en levier plutôt qu'en simple statistique migratoire.
« « Nous voulons faire évoluer la manière dont la diaspora est intégrée à la relation économique entre nos deux pays. Elle peut devenir un véritable pont économique : un réseau de compétences, de connaissances des marchés, de relations et de capacité d'initiative », explique la présidente fondatrice de la CMCCI. »
— Fatimata A Lam, présidente de la nouvelle Chambre Mauritanie Canada de Commerce et d'Insdustrie (CMCCI)
Premier chantier annoncé : une cartographie économique de la diaspora, pour recenser profils professionnels, entreprises et expertises disponibles côté canadien. La Chambre veut aussi peser dans le forum consacré à la diaspora que les autorités mauritaniennes prévoient d'organiser en octobre à Nouakchott - preuve que l'initiative montréalaise s'articule avec un agenda gouvernemental plus large.
Plutôt que de disperser ses moyens, la CMCCI a choisi de concentrer son action sur quatre secteurs : la pêche et l'économie halieutique, l'énergie, les technologies de l'information, et les mines - avec, cette fois, l'ambition d'aller au-delà de la seule extraction. « L'objectif n'est pas de multiplier les domaines d'intervention, mais de concentrer les ressources de la Chambre sur des secteurs où des complémentarités concrètes peuvent être développées », précise Fatimata A. Lam.
Une économie mauritanienne en transition
L'initiative arrive à un moment charnière pour l'économie mauritanienne, qui a affiché une croissance de 6,3 % en 2024 puis 4,2 % en 2025, avant une progression attendue de 4,4 % en 2026 selon la Banque mondiale - portée notamment par l'entrée progressive du pays dans l'exploitation gazière, en complément du secteur minier. Dans son cadre de partenariat 2026-2030 avec la Mauritanie, l'institution de Washington cite justement la diversification économique et le développement du secteur privé comme priorités.
Sur le plan institutionnel, la CMCCI a obtenu que l'ambassadeur de Mauritanie au Canada en assure la présidence d'honneur - un ancrage qui devrait peser dans sa capacité à mobiliser, côté mauritanien, les administrations concernées. Reste que la Chambre s'est elle-même fixé une exigence de résultats : nombre d'entreprises mises en relation, valeur des opportunités facilitées, partenariats effectivement conclus.
« « Une chambre de commerce doit pouvoir démontrer sa valeur par ce qu'elle facilite et par ce qu'elle contribue à faire aboutir », résume sa présidente. »
L'ambition affichée est claire. La difficulté, elle, est bien connue de toutes les diasporas africaines sollicitées pour investir au pays d'origine : transformer les bonnes intentions d'un lancement en flux d'affaires mesurables, une fois les discours de la cérémonie inaugurale retombés.