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Le Nigeria suspend ses visites officielles en Afrique du Sud, en pleine crise xénophobe

Face à la persistance des violences xénophobes en Afrique du Sud, le Parlement nigérian a suspendu vendredi toute visite officielle dans le pays. Une rupture qui illustre l'ampleur d'une crise migratoire vieille de plusieurs années entre les deux poids lourds économiques du continent.

JGJunior Gnapié12 septembre 20263 min de lectureLu 2 foisDiaspora
Vue de Johannesburg, Afrique du Sud
📷 Illustration : Vue de Johannesburg, Afrique du Sud
Le Parlement nigérian a suspendu vendredi toutes les visites officielles en Afrique du Sud, virtuelles comprises, en réaction aux violences répétées visant les ressortissants nigérians sur le sol sud-africain. Une décision spectaculaire qui met à nu les tensions accumulées depuis des années entre les deux premières puissances économiques du continent.

Une décision qui ne vise même plus les échanges à distance

« Toutes les visites officielles en République d'Afrique du Sud par l'Assemblée nationale, ses commissions, ses parlementaires, ses agents et son personnel sont par la présente suspendues », a annoncé Akin Rotimi, porte-parole de la chambre basse du Parlement nigérian, dans un communiqué publié vendredi. La mesure va jusqu'à inclure les rencontres en visioconférence, un niveau de rupture rarement atteint entre deux pays qui entretiennent par ailleurs des relations commerciales denses.
Kamoru Ogunlana, greffier de l'Assemblée nationale, a justifié cette décision par la multiplication des signalements de Nigérians « tués, blessés, déplacés et contraints d'abandonner leurs commerces, leurs investissements, leurs logements et d'autres biens » du fait d'attaques récurrentes. La semaine passée encore, à Durban, des manifestants s'en étaient pris à un campement de ressortissants congolais, provoquant de violents affrontements. Des témoignages font état de patrouilles allant jusqu'à extraire des habitants de chez eux pour les livrer à la police, sans toujours distinguer les personnes en situation régulière de celles qui ne le sont pas.

Un contentieux ancien, qui s'envenime depuis juin

L'Afrique du Sud, longtemps perçue comme un eldorado économique sur le continent, cumule un chômage élevé, des services publics sous tension et une insécurité que les discours politiques locaux attribuent de plus en plus, à tort ou à raison selon les analystes, à la présence de migrants étrangers. Fin juin, des manifestants avaient fixé un ultimatum informel aux étrangers sans papiers pour quitter le pays, provoquant une vague de départs. Au moins quatre migrants ont été tués dans les violences liées à cet épisode, selon la police sud-africaine, un bilan que certains gouvernements d'origine jugent sous-évalué.
Le Nigeria n'a pas attendu ce vendredi pour hausser le ton. En juillet déjà, Abuja avait reçu le ministre sud-africain des Affaires étrangères Ronald Lamola pour évoquer ces attaques à répétition. Le secrétaire d'État nigérian Sola Enikanolaiye avait alors avancé un bilan glaçant : au moins 98 Nigérians tués depuis 2022 dans des violences de foule, des actes de haine ou des exécutions extrajudiciaires. Deux mois plus tard, la coupure des canaux diplomatiques officiels marque un durcissement net de la position d'Abuja.

Des chiffres qui ne concordent pas, et une diaspora prise entre deux feux

Selon les statistiques les plus récentes du gouvernement sud-africain, près de 90 000 personnes ont été rapatriées volontairement ou expulsées depuis le début des tensions migratoires. Les pays d'origine des migrants concernés avancent un chiffre bien supérieur, autour de 178 000 personnes, révélant à quel point le comptage même de cette crise reste disputé.
Pour la diaspora ouest-africaine installée en Afrique du Sud, souvent composée de commerçants et de petits entrepreneurs, la suspension des visites officielles nigérianes n'a rien d'un geste symbolique sans conséquence. Elle prive les communautés concernées d'un canal diplomatique de médiation à un moment où les tensions restent vives sur le terrain. Reste à savoir si Pretoria répondra par une désescalade des discours anti-migrants ou par un raidissement supplémentaire, alors que d'autres pays africains observent avec attention comment se règle ce bras de fer entre deux puissances régionales.
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