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Guinée équatoriale : une montre de luxe achetée sur le compte de la mission à l'ONU déclenche une nouvelle enquête à Genève

Le Parquet genevois a ouvert une nouvelle procédure pénale visant la mission permanente de la Guinée équatoriale auprès de l'ONU, après l'achat d'une montre à 400 000 francs suisses réglée depuis un compte diplomatique. C'est la troisième affaire du genre en dix ans pour ce petit pays pétrolier, déjà connu pour l'énorme dossier des « biens mal acquis » de son vice-président Teodorin Obiang.

JGJunior Gnapié12 septembre 20263 min de lectureLu 1 foisPolitique
Le Palais des Nations à Genève, siège des Nations unies en Suisse
📷 Illustration : c'est le Parquet genevois, et non une juridiction internationale, qui instruit cette nouvelle affaire visant la diplomatie équato-guinéenne
Une montre à 400 000 francs suisses (environ 275 millions de francs CFA), achetée boutique Les Ambassadeurs, sur la prestigieuse rue du Rhône à Genève. La transaction elle-même n'a rien d'illégal en soi. Ce qui l'est davantage, selon les informations recueillies par la presse suisse, c'est son mode de financement : un virement de 400 000 euros en provenance de Singapour, versé sur le compte que la mission permanente de la Guinée équatoriale auprès de l'ONU détenait chez UBS à Genève.
L'affaire ne s'arrête pas là. Une fois l'achat effectué, la TVA aurait dû être remboursée à la mission diplomatique, comme le veut la règle pour ce type d'achat par une entité bénéficiant de privilèges fiscaux. Or ce remboursement, de plusieurs dizaines de milliers de francs, aurait été empoché à titre personnel par la personne ayant conduit la transaction, plutôt que reversé à la mission elle-même. C'est ce doute sur la destination finale de l'argent qui a conduit le Parquet genevois à ouvrir une instruction. UBS, de son côté, a déjà tiré les conséquences de l'épisode en fermant le compte diplomatique concerné.
Sollicitée par les journalistes à l'origine de ces révélations, la mission équato-guinéenne n'a pas donné suite. Un silence qui, dans ce genre de dossier, ne surprend guère : Malabo a rarement communiqué en détail sur les procédures judiciaires qui visent, depuis des années, l'entourage du pouvoir équato-guinéen en Europe.
Car cette nouvelle affaire ne surgit pas de nulle part. C'est la troisième procédure pénale ouverte par le Parquet de Genève contre des intérêts liés à la Guinée équatoriale en dix ans. Les autorités fédérales suisses, à Berne, détiennent d'ailleurs toujours 22,8 millions d'euros issus de la confiscation de véhicules de luxe appartenant au clan présidentiel, une somme dont la restitution traîne depuis des années faute d'accord trouvé sur les modalités d'un retour de ces fonds au peuple équato-guinéen sans qu'ils ne soient captés une nouvelle fois par le pouvoir en place.
Le nom de la Guinée équatoriale reste surtout associé, sur la scène judiciaire internationale, au retentissant dossier des « biens mal acquis » visant Teodorin Nguema Obiang Mangue, vice-président du pays et fils du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, au pouvoir depuis 1979. La France avait fini par faire condamner Teodorin Obiang pour blanchiment, avant que l'affaire ne remonte jusqu'à la Cour internationale de justice, saisie par Malabo sur la question des immunités diplomatiques. Genève, avec cette nouvelle affaire de montre de luxe, vient rappeler que ce type de contentieux ne se limite ni à un seul pays européen ni à un seul membre de la famille présidentielle.
Ce qui frappe, dans ce dossier, c'est moins le montant en jeu, modeste au regard des standards habituels de ce type d'affaires, que la banalité apparente du mécanisme : un compte diplomatique protégé par des immunités, un achat de luxe, une TVA qui change de destinataire en cours de route. De quoi nourrir, une fois de plus, les interrogations sur la manière dont certains représentants diplomatiques en poste en Europe gèrent les fonds publics mis à leur disposition, loin du regard de leurs propres administrations.
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