Wall Street a repris son souffle ce vendredi, mais pour de mauvaises raisons. La publication de l'indice des prix à la consommation (CPI) du mois d'août, conforme aux attentes des économistes sur le papier, a néanmoins ravivé un débat que beaucoup d'investisseurs espéraient clos : celui d'une possible remontée des taux d'intérêt américains, après près de deux ans marqués par des baisses successives de la Réserve fédérale.
Une inflation qui refuse de refluer
Les chiffres publiés ce jour montrent une inflation globale en hausse de 0,4 % sur un mois et de 3,4 % sur douze mois — un niveau conforme aux prévisions, mais qui reste sensiblement au-dessus de l'objectif de 2 % que s'est fixé la banque centrale américaine. L'inflation « cœur », qui exclut les prix volatils de l'énergie et de l'alimentation et que les économistes de la Fed surveillent de près, a progressé de 0,3 % sur le mois — soit un dixième de point de plus qu'attendu — pour atteindre 2,4 % sur un an.
Ce léger dépassement sur l'inflation sous-jacente suffit, dans le climat actuel, à faire basculer les anticipations des marchés. Selon les données de marché citées par plusieurs analystes ce vendredi, la probabilité d'un relèvement des taux directeurs lors de la prochaine réunion du comité de politique monétaire de la Fed, prévue le 17 septembre, est désormais évaluée à plus de 85 %.
Wall Street rassuré à court terme, inquiet à moyen terme
Paradoxalement, les indices boursiers américains ont plutôt bien réagi à cette publication : le S&P 500 a gagné 0,96 %, le Dow Jones 1,15 % et le Nasdaq 0,88 %, portés par le soulagement de voir l'inflation rester « seulement » conforme aux attentes plutôt que de les dépasser franchement. Les valeurs des petites capitalisations, mesurées par l'indice Russell 2000, ont également progressé de plus d'un point.
Mais ce rebond boursier masque un débat de fond parmi les analystes. Pour Skyler Weinand, de Regan Capital, l'inflation « reste trop élevée » et une hausse des taux est désormais « pratiquement assurée ». Une lecture plus nuancée est toutefois défendue par Jeffrey Roach, de LPL Financial, pour qui l'impact d'un éventuel resserrement monétaire pourrait être atténué par la vigueur persistante de l'économie américaine — une croissance nominale supérieure à 6 %, portée notamment par les investissements massifs liés à l'intelligence artificielle et par une consommation des ménages qui résiste mieux que prévu.
Un scénario qui romprait avec deux ans de baisses de taux
Ce virage, s'il se confirme le 17 septembre, marquerait une rupture nette avec la trajectoire suivie par la Fed depuis 2024, période durant laquelle l'institution avait enchaîné plusieurs baisses de taux pour soutenir une économie fragilisée par les incertitudes commerciales et un marché de l'emploi en perte de vitesse. Un retour à une politique monétaire plus restrictive aurait des répercussions bien au-delà des frontières américaines : renchérissement du dollar, hausse du coût de la dette pour de nombreux pays émergents et africains endettés en devises américaines, et pression accrue sur les marchés de matières premières, cacao ivoirien compris, dont les cours sont libellés en dollars.
La décision de la Réserve fédérale, attendue mercredi prochain, sera scrutée bien au-delà de Wall Street.







