Abidjan4AllL'info pour tous les Ivoiriens · partout dans le monde
ÉconomieCoopération décentralisée · Diaspora

FITDS 2026 : à Fontenay-sous-Bois, élus sénégalais et européens cherchent des partenaires pour leurs territoires

Premier du nom, le Forum international des territoires durables et solidaires du Sénégal (FITDS) s’est tenu samedi 24 et dimanche 25 octobre au Novotel Paris Val de Fontenay. Maires, représentants de l’État sénégalais, élus français, dirigeants du patronat francophone et acteurs de la diaspora y ont plaidé pour des partenariats concrets plutôt que pour de l’aide. Objectif affiché : signer des conventions et faire financer des projets locaux, à l’heure où le Sénégal réforme en profondeur son organisation territoriale.

JGJunior Gnapié26 octobre 2026⏱ 12 min de lectureLu 13 foisÉconomie
Élus sénégalais, européens et diaspora réunis à Fontenay-sous-Bois pour le FITDS 2026
📷 Illustration : Élus sénégalais, européens et diaspora réunis à Fontenay-sous-Bois pour le FITDS 2026. Photo d’illustration. © Abidjan4all
Deux jours pour passer des promesses aux projets. Les samedi 24 et dimanche 25 octobre 2026, le Novotel Paris Val de Fontenay, à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), a accueilli la première édition du FITDS, organisée par l’association IBC Invest International, en partenariat avec Syprom et IB Consulting.
Placé sous le thème « Construire ensemble des territoires résilients, attractifs et solidaires », l’événement réunissait des représentants des collectivités sénégalaises et de leurs homologues européens, ainsi que des investisseurs, des entreprises et des membres de la diaspora.

Une suite logique du forum de 2025

Le FITDS ne part pas de zéro. En 2025, IBC Invest avait déjà réuni à Paris les participants au « Forum des élus du Sénégal », consacré à l’économie sociale et solidaire ainsi qu’au développement de partenariats. À cette occasion, son président, Ibrahima Badji, avait appelé les autorités françaises et sénégalaises à soutenir ce type d’initiatives, au nom d’une coopération « gagnant-gagnant ».
Quelques mois auparavant, en décembre 2024, l’association avait également organisé en Italie une tournée baptisée « Link Sunugal », destinée à favoriser la création de partenariats entre communes sénégalaises et italiennes.
Samedi, plusieurs maires ont d’ailleurs souligné la continuité entre ces différentes initiatives. L’un d’eux a expliqué que certains contacts noués avant 2025 étaient restés sans suite, faute d’avoir su les concrétiser. À l’inverse, les rencontres de l’année dernière ont, selon lui, débouché sur des réalisations concrètes : création de centres et de postes de santé, fourniture de matériel sanitaire, mais aussi mise en place d’actions en faveur des femmes et des jeunes.

Le contexte : une décentralisation en pleine réforme

Pour comprendre les enjeux du FITDS, il faut aussi regarder du côté de Dakar. Depuis l’adoption de la loi du 28 décembre 2013, qui a consacré l’Acte III de la décentralisation, le Sénégal a supprimé la région en tant que collectivité locale, érigé les départements en collectivités territoriales à part entière et généralisé la communalisation.
Un bilan réalisé en mars 2026 par le ministère de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des territoires a toutefois mis en évidence plusieurs limites du dispositif, notamment l’insuffisance des ressources et le décalage persistant entre les compétences transférées aux collectivités et les moyens dont elles disposent pour les exercer.
C’est dans ce contexte qu’une nouvelle réforme, baptisée « Acte IV de la décentralisation », est en préparation. Elle prévoit notamment la création de huit pôles-territoires. À l’issue d’une série de concertations menées en 2025, le ministre Moussa Bala Fofana a annoncé, début juillet 2026, en présence du président Bassirou Diomaye Faye, l’émergence d’un consensus autour de huit innovations majeures. Parmi celles-ci figurent notamment la mise en place d’un indice de viabilité des communes et la création d’un statut de l’élu local.
Dans ce paysage, la coopération avec l’Europe constitue un levier important. Selon la diplomatie française, le Sénégal est le pays africain qui compte le plus grand nombre de partenariats avec des collectivités territoriales françaises, avec près d’une centaine de coopérations actives.
Créé en 2013, le dispositif conjoint d’appui à la coopération décentralisée franco-sénégalaise a été renouvelé en janvier 2026 pour la période 2026-2028. Dans ce cadre, un appel à projets pour l’année 2026 a été ouvert de mars à juin afin de soutenir de nouvelles initiatives entre collectivités des deux pays.
La diaspora sénégalaise en France, estimée entre 200 000 et 300 000 personnes, constitue l’autre pilier de cette dynamique. Par ses réseaux, ses compétences et sa capacité à créer des passerelles entre les territoires, elle joue un rôle important dans le développement des échanges et l’émergence de nouveaux partenariats.

Ce que le forum ambitionne

Le dossier de presse part d’un constat : de nombreuses initiatives locales demeurent isolées, tandis que les mécanismes de coopération restent encore insuffisamment structurés. Face à cette situation, le FITDS entend se positionner comme un « catalyseur de projets territoriaux » autour de six axes : l’agrobusiness et l’industrialisation, l’employabilité et le recrutement international, le développement durable, le financement des territoires, le renforcement des capacités des élus et le marketing territorial.
Les ambitions affichées sont chiffrées : la signature de 20 conventions de partenariat et de jumelage, le lancement de cinq projets pilotes de développement durable, le financement de dix projets communaux, la mise en place d’un guichet emploi destiné à 1 000 jeunes, ainsi que la création d’un réseau des territoires durables et solidaires entre le Sénégal et l’Europe.
Le programme mentionne dix collectivités participantes, tandis que le dossier de presse fait état de 150 maires et présidents de conseils départementaux ainsi que de 100 collectivités européennes attendus. 

Samedi : les prises de parole

Les organisateurs. Le président d’IBC Invest a ouvert la journée en invitant les investisseurs français à renforcer leur présence en Afrique et les dirigeants africains à reconnaître pleinement le rôle de la diaspora, qu’il a qualifiée de « quatrième pouvoir », notamment économique, appelant à lui accorder un statut officiel. Il a également plaidé pour un allègement des lourdeurs administratives, une meilleure protection des chefs d’entreprise et une plus grande liberté de circulation pour les jeunes entrepreneurs.

Le président de l’association a ensuite dressé le bilan de plusieurs initiatives portées par IBC Invest. Il a notamment évoqué une société d’agrobusiness qui aurait levé plus de 750 millions de francs CFA en 2020 et permis le recrutement d’une cinquantaine de jeunes, ainsi que des formations proposées à plus de 1 600 jeunes en partenariat avec des communes. Il a également cité un programme de mentorat mettant en relation des entrepreneurs d’Europe et d’Afrique, ainsi que des partenariats dans les secteurs de l’énergie et du recyclage des déchets.

Élus sénégalais, européens et diaspora réunis à Fontenay-sous-Bois pour le FITDS 2026_4

Le patronat francophone. Parrain de l’édition précédente et de nouveau présent cette année, Stéphane Tiki, premier vice-président du Mouvement du patronat francophone, a plaidé pour un changement de paradigme : sortir d’une logique d’aide pour entrer dans une véritable logique d’investissement et de partenariat économique.

« Il y a de plus en plus de gens qui veulent venir gagner en Afrique », a-t-il résumé en substance, soulignant ainsi l’intérêt croissant des entrepreneurs pour les opportunités offertes par le continent. Il a annoncé, dans cette perspective, le départ dès mardi d’une délégation de PME pour Dakar, ainsi que l’organisation prochaine d’un forum consacré à la jeunesse.

Stéphane Tiki a également appelé les Africains à « valoriser les leurs », plutôt que de « se mettre des bâtons dans les roues », insistant sur la nécessité de soutenir les réussites et les initiatives issues du continent et de sa diaspora.

Enfin, il a rendu hommage aux victimes d’un drame survenu la veille, tout en appelant à ne jamais banaliser le racisme et l’antisémitisme.

L’État sénégalais. Un représentant du ministère chargé des collectivités territoriales a présenté les principales orientations de la politique sectorielle 2025-2029 : une meilleure répartition des opportunités de développement entre les territoires, le renforcement des capacités des agents des collectivités, l’amélioration de la qualité des services publics locaux, le développement de la participation citoyenne, l’accès à un logement abordable et l’amélioration de la gestion des déchets.

Il a plaidé pour une coopération « fondée sur la réciprocité » entre les territoires africains et européens, dans laquelle les savoirs issus de la recherche puissent dialoguer avec l’expérience des élus locaux et les compétences de la diaspora. Une approche destinée à favoriser le partage d’expertise et la construction de partenariats ancrés dans les réalités des territoires.

De son côté, un représentant de l’ambassade du Sénégal a salué la tenue d’un forum permettant de rapprocher collectivités territoriales, partenaires économiques et diaspora. Il a également rappelé la tenue prochaine, à Dakar, des Jeux olympiques de la jeunesse, présentés comme une nouvelle occasion de renforcer l’attractivité et le rayonnement international du Sénégal.

Les maires. Plusieurs élus et représentants de collectivités sénégalaises sont venus partager leurs expériences de terrain. L’un d’eux a notamment évoqué l’électrification de plusieurs dizaines de villages et l’accès à l’eau pour 100 % de la population de sa commune, des avancées rendues possibles, selon lui, grâce au soutien de partenaires et à la mobilisation de la diaspora.

Un autre intervenant, représentant d’un maire et lui-même originaire d’un village sahélien du nord-est du Sénégal, a décrit le rôle déterminant des émigrés dans le financement de collèges, de centres de santé et de forages, tandis que des groupements de femmes développent des activités de maraîchage. Il a plaidé pour la constitution de coalitions associant municipalités, secteur privé, jeunes, femmes, anciens et autorités coutumières, ainsi que pour le renforcement des compétences des élus locaux.

Le représentant du maire de Mbour a, pour sa part, indiqué que l’édile n’avait pas pu faire le déplacement, une partie de la délégation ayant été empêchée de venir en raison de difficultés liées à l’obtention des visas.

D’autres intervenants ont insisté sur la nécessité de renforcer la solidarité entre les communes, notamment face aux inondations qui ont touché plusieurs territoires cette année. Les jumelages et les partenariats entre collectivités ont également été présentés comme des leviers permettant de mobiliser des financements et de soutenir la réalisation de projets locaux.

Les élus présents. Selon la liste communiquée par les organisateurs, plusieurs élus sénégalais ont pris part au forum, parmi lesquels Mame Boy Diawo, maire de Kolda ; Me Ousmane Diagne, maire de Thiès-Est ; Mamadou Ngom, maire de Ouadiour ; Elhadji Ba, maire de Mereto ; Moustapha Thiam, maire de Darou Salam ; Abdoulaye Diop, maire de Dalifort-Foirail ; Maguette Mbaye, maire de Notto Gouye Diama ; et Elhadji Malick Ndiagane, maire de Keur Socé, dans la région de Kaolack.

Côté français, les organisateurs avaient notamment annoncé la participation d’Ibrahima Ndiaye, adjoint au maire de Gennevilliers, délégué à la vie associative et à l’accès aux droits, également président de RFAD Group, ainsi que celle d’Abdou Ndiaye, conseiller municipal de Saint-Germain-en-Laye.

Maleine Amadou Niang, directeur régional d’IBP Afrique francophone, a quant à lui été désigné parrain d’honneur de cette édition.

La ville hôte et les élus de France. Représentant la municipalité de Fontenay-sous-Bois, Louis-Mohamed Seye, 4ᵉ adjoint au maire chargé de la politique de la ville, de l’insertion professionnelle, du dialogue des mémoires et des projets interculturels, a souhaité la bienvenue aux participants. « Ici, vous êtes chez vous », a-t-il lancé, avant d’exprimer le souhait de voir l’aventure se poursuivre l’année prochaine dans sa commune.

Engagé au sein d’un collectif d’élus français qui œuvre avec leurs homologues sénégalais à la construction de partenariats « gagnant-gagnant », il a salué le rôle d’IBC Invest dans la mise en relation des territoires et remercié l’ambassade du Sénégal pour son accueil. Il a également présenté plusieurs élus de collectivités françaises associés à cette dynamique de coopération.

Louis-Mohamed Seye a par ailleurs rendu hommage à un ancien adjoint au maire d’Évry, qui a exercé ses fonctions pendant treize ans et préside l’association Équité, engagée dans l’accompagnement de jeunes élus. Il a insisté sur l’importance de la transmission aux nouvelles générations issues de la diaspora, évoquant notamment l’arrivée, lors des élections municipales de 2020, de plusieurs maires et élus noirs au sein des collectivités françaises, « malgré le racisme », selon ses termes.

Pour l’élu de Fontenay-sous-Bois, la France et le Sénégal ont tout à gagner à renforcer la coopération entre leurs collectivités. Il a conclu en réaffirmant l’attachement de ces élus au Sénégal et, plus largement, à l’Afrique.

Élus sénégalais, européens et diaspora réunis à Fontenay-sous-Bois pour le FITDS 2026_3

Un diplomate-philosophe. Parmi les interventions les plus applaudies figure celle d’un participant qui s’est présenté comme diplomate et « philosophe de la simplicité ». Évoquant notamment ses années d’études à Besançon, il a invité les élus locaux à ne pas tout attendre de l’État, mais à mutualiser leurs compétences, à valoriser leurs propres savoir-faire et à maintenir un haut niveau d’exigence dans leurs relations avec leurs partenaires.

Il a également plaidé en faveur de ces « territoires lointains, loin de tout mais pour tout », trop souvent laissés à l’écart des grandes politiques de développement. Un appel à mieux prendre en compte les territoires périphériques et ruraux, mais aussi à faire de leurs ressources, de leurs compétences et de leurs initiatives locales de véritables leviers de développement.

Dimanche 25 octobre : une seconde journée studieuse

La deuxième journée s’est déroulée conformément au programme, avec des pauses entre les séquences. Les panels, consacrés aux villes durables et à la transition écologique (déchets, eau, énergies renouvelables, mobilité) puis au financement des projets des collectivités (fonds internationaux, diaspora, partenariats public-privé, projets bancables), ont suscité un intérêt particulier chez les participants. L’après-midi était réservé à quatre laboratoires territoriaux (emploi des jeunes, déchets et environnement, tourisme et économie locale, financement), aux rencontres B2B/B2G et au « grand pitch des territoires », avant la séquence de clôture prévue autour de la « Déclaration de Paris des territoires ».
Élus sénégalais, européens et diaspora réunis à Fontenay-sous-Bois pour le FITDS 2026_3

Au salon d’exposition : la mode et l’artisanat africains en vitrine

Au salon d’exposition : la mode et l’artisanat africains en vitrine

En marge des conférences, un espace d’exposition accueillait des créateurs et artisans venus présenter leurs produits aux participants, une possibilité que le dossier de presse proposait aux exposants pour gagner en visibilité et trouver de nouveaux clients ou fournisseurs. Quatre stands ressortent des images tournées sur place.

- Mode et vêtements revisités. Le stand de la marque MORA, reconnaissable à son fond de toile siglé, a attiré l’œil avec des vestes patchwork en tissus wax et des pièces upcyclées, dont une veste de survêtement aux couleurs du Sénégal retravaillée. Ses créateurs présentaient aussi des tuniques d’inspiration traditionnelle, en bleu, bordeaux ou bleu ciel, ornées de broderies dorées ou d’un écusson en forme de carte d’Afrique. Quelques sacs à dos et accessoires complétaient l’offre.

- Maroquinerie en tissus africains. Une exposante en gilet vert présentait des sacs à main et besaces aux motifs bogolan et ikat, certains avec chaînette dorée, ainsi que de petites pochettes en vannerie colorée. Des pots de petits produits (bougies ou soins) étaient aussi disposés sur la table.

- Étoffes et parures. Une autre exposante, au chapeau brun, déployait des bandes de tissu tissé, des étoffes teintes à l’indigo, des colliers de perles et des flacons de parfum.

- Bijoux et lingerie ornée. Un dernier stand mettait en avant des parures de taille en perles et des ensembles décorés présentés sur mannequin.

Au terme de ces deux jours, la véritable mesure du FITDS se fera dans les mois qui viennent : combien de conventions seront réellement signées, quelles communes obtiendront des financements, et si le « Réseau des territoires durables et solidaires » verra le jour. À l’heure où Dakar redessine l’architecture de ses territoires, ces rencontres physiques en France restent, pour les élus venus de loin, un passage obligé pour transformer des contacts en partenariats, et pour la diaspora une occasion de peser sur le développement de ses communes d’origine.
FITDS 2026SypromIB Consulting
Commentaires (0)

Connectez-vous pour rejoindre la discussion — les commentaires sont modérés.