Le pétrole recircule dans le détroit d'Ormuz, et pourtant le baril ne baisse pas. C'est le paradoxe du moment, et il embarrasse d'abord Donald Trump, qui avait promis aux Américains une baisse des prix dès que la menace iranienne pèserait moins sur les flux.
D'après Kpler, société qui suit les flux maritimes, au moins 16,5 millions de barils par jour ont été exportés depuis le Moyen-Orient en septembre, selon les données publiées jeudi 1er octobre et citées par France 24. Agata Loskot-Strachota, spécialiste de la sécurité énergétique au Centre for Eastern Studies, y voit environ 80 % des niveaux d'exportations qui passaient par Ormuz avant la guerre, « et c'est une bonne nouvelle ». Économie Matin et Armées.com, qui reprennent d'autres données Kpler, parlent de 13,5 millions de barils par jour par le détroit en moyenne mobile sur sept jours, un volume qu'ils disent aligné sur l'avant-guerre, jusqu'à 98 % pour le premier. Les périmètres ne sont pas les mêmes, et les textes ne permettent pas de les réconcilier.
Un retour sous escorte
La reprise tient à des moyens coûteux. Les pays du Golfe ont multiplié les contournements : l'Arabie saoudite fait passer davantage de brut par son oléoduc Est-Ouest vers la mer Rouge, des cargos éteignent leur transpondeur pour échapper aux Iraniens, l'Irak recourt à des camions-citernes, et les États-Unis escortent des cargos à travers le détroit, d'après France 24. Selon Kpler, cité par Armées.com et Économie Matin, plus de 70 % du brut passant par Ormuz en août a été transbordé au large des Émirats arabes unis ou d'Oman, et les oléoducs saoudiens et émiratis portent environ 40 % du brut du Golfe, contre 17 % avant la guerre.
Ces solutions n'ont rien de durable, disent les experts cités. L'armée américaine ne va pas escorter les pétroliers éternellement, relève Loskot-Strachota. Les camions-citernes coûtent beaucoup plus cher et transportent bien moins, note Michael Tamvakis, de la City St George's, University of London. Et l'oléoduc Est-Ouest, selon lui, « peut tout aussi bien être ciblé par l'Iran ou les Houthis ». Armées.com et Économie Matin rappellent qu'il a été endommagé par un drone début septembre, avant de reprendre du service.
Pourquoi le prix ne cède pas
Le baril stagne autour de 100 dollars, constate France 24, qui cite le Wall Street Journal : la baisse espérée « ne vient pas ». Armées.com donne un Brent à 102,59 dollars, en recul de 2,6 % ce jour-là, mais en route vers un gain de 13 % sur septembre. En juin, quand Washington et Téhéran avaient conclu un protocole d'accord pour des négociations de paix, les cours étaient passés de 95 à 65 dollars, rappelle Alexandre Baradez, d'IG France.
Les traders, eux, ne croient pas à l'apaisement. « Ils se sont fait avoir la dernière fois », estime Dag Harald Claes, de l'université d'Oslo, et les négociants anticipent une nouvelle escalade, ajoute Loskot-Strachota. Autre frein : les réserves stratégiques sont à plat. Aux États-Unis, leur niveau n'a jamais été aussi bas depuis les années 1980, selon Baradez. La Chine a puisé dans les siennes. Chacun cherche donc à les reconstituer, et cette demande avale une partie du flux avant qu'il n'atteigne le marché.
Le diesel, point faible
Le brut passe, le raffiné non. Selon Kpler, cité par Armées.com et Économie Matin, 677 000 barils par jour de diesel, d'essence et d'autres produits dérivés étaient exportés fin septembre, contre 3,6 millions avant la guerre, soit 19 % du niveau antérieur. Environ deux millions de barils par jour de capacité de raffinage restent hors service au Moyen-Orient, d'après JPMorgan. Transporter des produits raffinés, plus inflammables, effraie les armateurs.
Aux États-Unis, le diesel a atteint 6,53 dollars le gallon début septembre, soit 73 % de plus sur un an selon AAA. Économie Matin ajoute, d'après des informations du Wall Street Journal, que Trump envisage une interdiction d'exporter du diesel pour calmer les prix intérieurs, ce qui tendrait un peu plus le marché mondial. Les mêmes sources font état d'une possible reprise des bombardements contre l'Iran après les élections de mi-mandat. Cette information repose sur des sources anonymes et n'est pas confirmée.
Sur le terrain, l'Iran continue de frapper : trois pétroliers ont été touchés par des projectiles non identifiés le 29 septembre, rapportent les deux sites. La question qui reste est celle de la durée. Tant que la sécurité du détroit repose sur des escortes et des pipelines vulnérables, le marché a de bonnes raisons de garder sa prime de risque.







