Le Premier ministre guinéen Amadou Oury Bah a reçu, la semaine dernière, une délégation venue lui présenter un projet minier d'une tout autre échelle que ceux habituellement annoncés en Guinée. Le « Grand corridor de Guinée », porté par un consortium chinois piloté par les groupes SPIC et Chinalco, prévoit plus de 3 milliards de dollars d'investissement pour relier les zones minières de Santou à un futur port en eau profonde sur la côte, à Cape Verga.
Concrètement, le projet combine deux infrastructures lourdes : une ligne ferroviaire d'environ 160 kilomètres, et un port capable d'accueillir des navires jusqu'à 200 000 tonnes. Objectif affiché par les promoteurs : porter la capacité d'évacuation de bauxite guinéenne à 77 millions de tonnes par an, en reliant directement les zones d'exploitation à la façade maritime.
Une pièce de plus dans la stratégie chinoise sur la bauxite ouest-africaine
La Guinée détient l'une des plus importantes réserves de bauxite au monde, le minerai brut dont on extrait l'aluminium, et la Chine en est aujourd'hui le principal débouché. Le pays alimente depuis plusieurs années les fonderies chinoises qui transforment ce minerai en alumine puis en aluminium. Le Grand corridor prolonge cette logique : renforcer les capacités logistiques du pays, ferroviaires comme portuaires, pour absorber une production en forte croissance.
Selon la Primature guinéenne, citée par les deux médias consultés, les échanges entre le chef du gouvernement et les représentants du consortium ont porté sur les modalités de réalisation du projet et ses perspectives de développement. Aucun calendrier de construction n'a toutefois été communiqué à ce stade, ni côté guinéen, ni côté chinois.
Des retombées annoncées, encore à mesurer
Les promoteurs du projet mettent en avant des retombées attendues sur les capacités d'exportation, les échanges commerciaux et l'activité économique le long du corridor. Des annonces qui restent, pour l'heure, celles d'une présentation officielle, sans confirmation indépendante ni réaction de la société civile guinéenne, régulièrement mobilisée sur les questions de partage des richesses minières et d'impact environnemental des grands projets d'extraction. La suite dépendra des accords définitifs entre Conakry et le consortium chinois, et de la manière dont ce corridor s'articulera avec les autres méga-projets miniers déjà engagés dans le pays.







