À Manhattan, le Mémorial du 11-Septembre a ajouté ce vendredi un septième moment de silence à sa cérémonie annuelle, en hommage aux personnes mortes des suites de maladies liées à leur exposition aux poussières et fumées de Ground Zero dans les mois qui ont suivi les attentats. Le soir venu, 2 977 drones illuminés ont redessiné, au-dessus du port de New York, la silhouette des tours jumelles disparues, un chiffre qui correspond très exactement au nombre de victimes du 11 septembre 2001.
Donald Trump et son vice-président JD Vance se sont rendus, chacun de leur côté, sur les lieux mêmes du drame : le premier a prononcé un discours au Pentagone, le second s'est recueilli à Ground Zero. Plus tôt dans la semaine, le président américain avait remis à titre posthume la Médaille présidentielle de la liberté à Welles Crowther, ce trader de 24 ans devenu, le jour des attentats, un sauveteur improvisé au sein de la tour sud du World Trade Center avant d'y laisser la vie.
C'est toutefois à Dallas, loin des lieux historiques de la tragédie, que l'anniversaire a pris une tournure particulière. Le Parti républicain y tenait sa convention de mi-mandat, à l'American Airlines Center, et a choisi d'ouvrir les festivités par un hommage aux premiers intervenants et aux militaires présents dans la salle. La foule, selon les témoignages recueillis sur place, s'est tue tandis qu'une garde d'honneur exécutait un salut à la cloche, en écho aux traditions des casernes de pompiers new-yorkaises. Un choix scénographique qui n'a rien d'un hasard, à quelques semaines d'élections de mi-mandat qui décideront de la composition du Congrès pour les deux dernières années de la présidence Trump.
Cette proximité assumée entre commémoration et mobilisation électorale ne surprend guère les observateurs de la vie politique américaine, où le 11-Septembre reste, un quart de siècle après les faits, l'un des rares événements capables de rassembler l'ensemble du spectre politique autour d'un même récit national. Reste que l'utiliser comme ouverture d'une convention partisane, à des fins clairement électorales, ne fait pas l'unanimité, y compris parmi certains commentateurs républicains qui y voient un mélange des genres.
L'écho international de la date n'a pas manqué non plus. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a estimé que les attentats avaient « fondamentalement changé les affaires du monde », tout en réaffirmant l'attachement de l'Union européenne à sa relation avec Washington. À Londres, le maire Sadiq Khan a de son côté fait savoir que « Londres est aux côtés de New York », rappelant les liens tissés entre les deux villes depuis 2001, notamment autour de la mémoire commune des services de secours.
Vingt-cinq ans après, le 11-Septembre continue donc d'occuper une place à part dans le calendrier politique et mémoriel américain, entre recueillement sincère et récupération assumée. La cérémonie de ce vendredi, partagée entre Ground Zero, le Pentagone et l'arène de Dallas, illustre à sa manière cette tension jamais tout à fait résolue entre devoir de mémoire et vie politique ordinaire.







